Ni porte-bonheur, ni objet pieux, ni objet de culte - parce que la sacralisation des objets n'a pas cours dans les Églises Réformées -, la croix huguenote est un signe qui affirme l'appartenance et l'adhésion à la foi protestante. Nommée ainsi depuis la fin du XIXe siècle et aussi appelée - bien plus rarement - "croix cévenole", elle est un signe de reconnaissance entre protestants de France, et plus particulièrement pour ceux issus du courant réformé.
Son origine reste mystérieuse car la date et les circonstances exactes de son apparition sont mal connues. Elle aurait été créée vers 1688 par l'orfèvre nîmois Maystre à une époque où les protestants étaient systématiquement exclus du droit de recevoir des décorations.
Quelle qu'ait été son origine, la croix huguenote exprima sans doute à l'époque de sa création, une sorte de défi ou de provocation face à l'ordre établi, visant à réparer l'ostracisme dont étaient victimes les huguenots : elle dérivait d'une décoration à la fois très officielle et très catholique -ce qui la rendait irréprochable et en même temps elle permettait d'afficher sur soi une croix différente de la croix catholique abhorrée. Bien plus, à l'époque des persécutions, porter cette croix correspondait à une véritable profession de foi « puisque comme gage suprême de l'authenticité d'une abjuration, une Nouvelle Convertie devait fournir la preuve écrite qu'elle avait liquidé sa croix huguenote ». (P. Bourguet).
Les symboles de la croix huguenote :
- Les fleurs de lis expriment une certaine loyauté pour le roi à l'égard duquel les huguenots ont toujours manifesté leur fidélité
- Les huit pointes munies de "boutons", par allusion à ce que l'on met sur un fleuret d'escrime pour le rendre inoffensif, rappellent les béatitudes.
- Les branches de la croix retenues par un motif ciselé qui tourne tout autour du centre, évoquent la couronne d'épines du Christ.
- Les rais de lumière qui irradient du centre et des pointes de la croix, évoquent le mystère de la Trinité.
- Les quatre cœurs formés par le vide entre chaque branche redisent l'amour du Christ et son commandement ultime pour nous : "aimez-vous les uns les autres" (Jean 13/34).
Aucune de ces clés de lecture n'est vraiment garantie ni certifiée exacte, mais n'est-il pas humain de chercher à donner du sens, par une interprétation créatrice " raisonnable ", à ce que les humains et les événements ont produit et créé?
Référence bibliographique : Pierre Bourguet La croix huguenote. Musée du désert, Cévennes, 1991