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Mots Bibliques


  • A méditer
  • Les ciseaux
  • Sainte Colère
  • 2006 : A la recherche du projet d'Amour divin
  • Il faudrait que vous naissiez de nouveau (Jn 3.1-8)
  • J'ai interrogé les dix lépreux
  • La Nativité
  • 1 Timothée 1 versets 12 et 13
  • Promesses de Jésus
  • Daniel et le Liban
  • Dieu et la communication
  • L'essentiel
  • Tout ce qui n'est pas donné est perdu
  • Le défi de la bienveillance
  • Mes Noël d'enfant ... ou notre histoire d'amour avec Lui
  • Sara
  • Mais sur ta parole
  • Les noces de Cana
  • Genèse du christianisme
  • Jésus au quotidien
  • Le Carême
  • Une bien curieuse Eglise !

  • A méditer

    Un saint homme tenait un jour une conversation avec Dieu. Il lui dit:

     - Seigneur, j'aimerais savoir comment est le paradis et comment est l'enfer ?
     
    Dieu conduisit le saint homme vers deux portes. Il ouvrit l'une des portes et permit au saint  homme de regarder à l'intérieur. Au milieu de la pièce, il y avait une immense table ronde.

    Au  milieu de cette table, il y avait une grosse marmite contenant un ragoût à l'arôme délicieux. Le saint homme saliva d'envie.
     
    Les personnes assises autour de cette table étaient maigres, livides et malades. Elles avaient toutes l'air affamées. Elles tenaient des cuillères aux très longs manches attachées à leurs bras. Toutes pouvaient atteindre le plat de ragoût et cueillir une cuillerée. Mais, comme le manche de la cuillère était plus long que leurs bras, elles ne pouvaient ramener  les cuillères dans leur bouche.
     
    Le saint homme frissonna à la vue de leur misère et de leurs souffrances.
     
    Dieu dit :

     - Tu viens de voir l'enfer.
     
    Dieu et le saint homme se dirigèrent vers la seconde porte. Dieu l'ouvrit. La scène que vit  le saint homme était identique à la précédente.
     
    Il y avait la grande table ronde, la marmite de délicieux ragoût qui fit encore saliver le saint homme. Les personnes autour de la table étaient également équipées des cuillères aux longs manches. Cette fois, cependant, les  gens étaient bien nourris, replets, souriants et se parlaient les uns aux autres en riant.
     
    Le  saint homme dit à Dieu :

     - Je ne comprends pas !

     - C'est simple, répondit Dieu, ça ne prend qu'une seule habileté. Ils ont appris à se nourrir  les uns les autres tandis que les gloutons et les égoïstes ne pensent qu'à eux-mêmes.


    L'essentiel



    Les ciseaux

    L’enfant, assis derrière ses bancs d'écolier, s'appliquait à suivre le trait épais qui délimitait la silhouette.

    Ciseaux en main, le regard tendu par l'effort, il donnait forme au papier et, peu à peu, un visage, un corps, des membres apparais-saient : un bonhomme se détacha soudain de la feuille blanche, pour la plus grande fierté du petit garçon.

    Les ciseaux constituent l'outil indispensable au travail quotidien de l'écolier, de la ménagère, du bricoleur... Ils permettent de couper, de délimiter, d'élaguer..., pliant ainsi l'objet ou la matière à la volonté créatrice de l'homme. Les ciseaux font surgir du neuf: ils raccourcissent ce qui est trop long, tranchent dans le vif et coupent ce qui est inutile, ajustent les différentes parties d'un ensemble et créent une harmonie.

    Que n'existe-t-il des ciseaux pour travailler le cœur de l'homme ?  Chacun de nous a besoin de couper court à des rancunes tenaces ou à des conversations méchantes, de redonner forme à un dynamisme émoussé, de tailler des croupières à son égoïsme ou à son indifférence coupable.

    Chacun rêve de couper une fois pour toutes les liens qui l'enferment dans ses habitudes ou dans ses peurs.


    Et si nous devenions les instruments vivants de la nouvelle création inaugurée au matin de Pâques ?

     
    Christian Kratz
    (Extrait de « Respiration » 1993.


    Tout ce qui n'est pas donné est perdu

    Mère Térésa

    "Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il demeure seul ; 
    mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit."
    (Jean 12, 25)


    Nous voilà devant une de ces phrases à la tonalité radicale comme Jésus sait si bien les faire, pour décrire l'idéal de l'amour. Comment admettre, concevoir que l'amour exige la mort, le renoncement à soi-même ?  Qu'est ce que cela veut dire ?  Suis-je prêt(e) à vivre cela ?
    Autant de questions qui me viennent spontanément à la lecture de ce texte. Nous sommes à une époque de progrès techniques qui permet un allongement de la vie. On nous promet des facultés intellectuelles et physiques de qualité si nous consommons tel ou tel type de produit alimentaire. La mort, la dégénérescence fait peur. Alors on cherche à préserver sa vie, « son capital jeunesse » de toutes les manières possibles : assurances, activités sportives etc. Quand on est jeune, ce n'est pas mieux : il faut assurer la vie à tout prix, réussir dans la vie (en écrasant les autres si possible). Un tel mode de vie, une telle gestion de nos capacités humaines s'accompagne d'une solitude écrasante des individus dans nos sociétés.
    Même notre manière d'approcher Dieu s'en ressent : la spiritualité est devenue affaire privée, option individuelle. Mais cela, Jésus le savait déjà. Il nous rappelle ici que celui qui est centré sur lui-même, celui qui cherche à se préserver ne se trouvera jamais ;  parce que c'est dans le regard de l'autre qu'il existe, qu'il a une couleur et une épaisseur. Pourquoi donc s'attacher absolument à vivre longtemps, à assurer sa vie, à la préserver ? Pourquoi tout mettre en œuvre pour « réussir dans la vie » ?  Nous creusons ainsi notre propre tombe.
    Nous ne pourrons jamais goûter ainsi à cet amour qui se donne avec générosité et gratuité. Un amour qui a le goût du Royaume. Jésus lui-même nous a montré l'exemple :  sa mort sur la croix permet aux hommes de découvrir le véritable amour et de l'offrir aux autres en retour. Tel peut être le sens de cette image du grain qui se dissout en terre ou bien celle du lavement des pieds où Jésus nous invite à nous reconnaître vulnérables, fragiles ;  et en même temps lavés, en communion avec Lui.
    La vie ne nous est pas donnée pour que nous n'en fassions rien (c'est cela mourir) mais pour que nous soyons porteurs d'amour, pour que nous soyons créatifs et enthousiastes dans le service de l'autre. Des phrases classiques, me direz-vous ? Vous savez déjà ? Très bien ! Quand est-ce qu'on commence ? Comme disait Mère Térésa : « Tout ce qui n'est pas donné est perdu. »
     
    Nicole SANCHEZ VIDAL,  pasteur stagiaire.


    Sainte Colère

    « Et maintenant, laisse-moi faire : que ma colère s'enflamme contre eux, je vais les supprimer et je ferai de toi une grande nation. »
    Exode 32.10


    Dieu s'adresse ainsi à Moïse alors que ce dernier est en train de redescendre du Mont Horeb avec les Tables de la Loi. La colère de Dieu fait peur même si paradoxalement nous ne la craignons plus. Elle fait peur parce qu'il est prêt à tuer le peuple qu'il s'est choisi. Il est intéressant de constater que Dieu se met quatre fois plus en colère que l'homme, dans la Bible. En hébreu, être en colère se dit « avoir le nez rouge » ou « avoir la face rouge » et il est vrai que la colère est une énergie qui nous envahit et qui nous fait ressentir de la chaleur. On sent que cela bout à l'intérieur de nous. Au-delà de la vision anthropomorphique de Dieu, ce passage de la Bible nous permet de nous demander si amour et colère sont incompatibles ? En effet, nous savons que Dieu est amour. Il a sorti les Hébreux d'Egypte, comme le lui rappelle Moïse dans la suite de ce passage. Mais, nous le voyons bien, c'est un Dieu qui exprime sa colère. Mais cette dernière n'est pas gratuite. Elle est pédagogique en ce sens qu'elle nous montre des limites à ne pas franchir : dans le cas du peuple hébreu, construire un veau d'or est une façon de mettre Dieu de côté, de sortir de son Alliance d'amour et de liberté. Mais il faut être prudent avec cette idée d'un Dieu qui nous montrerait nos limites, même si elle est présente dans la Bible :  certaines personnes ne pensent-elles pas qu'une maladie grave, une ca-tastrophe naturelle, un échec professionnel sont dus à la volonté de Dieu ?

    Ainsi, il faut remettre les choses à leur place et relier de manière intime la colère de Dieu et son amour pour nous. Elle est un garde-fou quand nous nous égarons et elle a aussi pour but de nous faire réagir. La colère de Dieu est une invitation à se ressaisir.  Enfin,  parce que nous sommes créés à  l'image de Dieu et que nous sommes des êtres d'émotions, ce texte nous renvoie à nos propres colères et à la manière dont nous les gérons. J'ai écrit un peu plus haut que Dieu exprime sa colère. Il est bon pour notre équilibre psychologique de pouvoir exprimer la nôtre!

    Des colères froides, rentrées, nous blessent infiniment plus. La colère ne doit pas être supprimée. Par contre, elle doit pouvoir se raisonner ; ce que fait Moïse dans la suite de ce passage en rappelant à Dieu son projet de libération pour l'être humain, son amour et la perpétuité de son Alliance. Dieu ne peut se contredire lui-même.

    On dit que la colère est mauvaise conseillère. Et il est exact qu'elle est dangereuse parce qu'elle peut conduire à la violence. Peut-il y avoir alors de bonnes colères?

    D'après ce passage, une bonne colère se mesure à ses effets : si elle permet d'obtenir un résultat positif (l'abandon du veau d'or par le peuple hébreu, par exemple), si elle permet de dénouer des liens de servitude, quels qu'ils soient, alors oui, cette colère est bonne voire sainte ; et toutes les injustices commises en ce monde sont autant d'invitations à faire de nos colères des forces vives.

    Nicole Sanchez Vidal, pasteur-stagiaire


    Le défi de la bienveillance

    « Le Seigneur est miséricordieux et bienveillant, lent à la colère et plein de fidélité ».
    Psaume 103, v. 8

    Je souhaite vous parler ce mois-ci de la bienveillance d'une part parce que j'ai eu l'occasion de suivre une journée de séminaire sur ce thème, d'autre part parce que le mois de Février est le mois où l'on fête l'amour ! (le 14 Février...) ; une bonne occasion donc de parler de la bienveillance. Au fait, qu'est ce que la bienveillance ?
     
    Peu usité au quotidien, le terme paraît vieillot à nos contemporains. On parlera plus volontiers d'une personne « super sympa », gentille... mais bienveillante ?! C'est Dieu qui est bienveillant dans les cantiques, me direz-vous. Et justement, c'est du côté de Dieu qu'il faut aller pour tenter d'approcher ce qu'est Sa bienveillance et ce qu'elle est en général.
     
    Dans la Bible, la bienveillance est d'abord celle de Dieu envers sa création : « Et Dieu vit que cela était bon ». C'est une réalité insondable, inépuisable. Elle s'exerce aussi envers les hommes. Elle est alors de l'ordre de la miséricorde, de la bonté, de la grâce. La Loi donnée à Moïse est un bienfait concret de cette bienveillance, bonté première de Dieu.  Elle s'exerce aussi dans Sa détermination à nous pardonner. Dieu maintient coûte que coûte Sa relation avec l'homme. Sa bienveillance s'actualise aussi de manière concrète :« Montre-nous ta fidélité Seigneur, et donne nous ton salut »,  priera le psalmiste au psaume 85. C'est bien qu'il y a quelque chose à voir. Mais surtout, ce qui justifie cette demande c'est bien que Dieu est en lui-même bienveillant. Dieu est avant tout fidèle à lui-même avant d'être fidèle à une alliance.
     
    C'est ancrés dans la foi à un Dieu qui le premier veut notre bien et nous justifie que nous sommes appelés à nous soucier du bonheur d'autrui. Sachons faire preuve de loyauté, de solidarité envers les autres. Recherchons la juste mesure applicable à nous-mêmes comme pour eux. Cette attitude est un fait de la grâce. Laissons-nous donc travailler par le Seigneur.
     
    On pourrait croire que la bienveillance est une indulgence. Que nenni ! elle est au contraire défi permanent d'être à la fois juste, lucide et toujours aimant. Vous me direz que pour aimer l'autre, il n'y a pas besoin d'être croyant. Certes, cependant la bienveillance dont je parle est une capacité enracinée dans le fait que Dieu nous est d'abord favorable. Cela implique de notre part d'être dans une vérité de vie et de comportement. Cela fait de nous des semeurs de grâce, de confiance. La bienveillance est à elle seule un projet de vie pour nous-mêmes, nos Eglises. C'est de cette expérience de la bienveillance reçue de Dieu et travaillée que se vit tout ministère d'Eglise. C'est ce que j'apprends à vos côtés.
     
    Tout un programme quoi !
     
    Nicole Sanchez Vidal,  pasteur stagiaire.


    2006 : A la recherche du projet d'Amour divin

    « Dieu fait tout pour le bien de ceux qui l'aiment.
    Ceux-là, Dieu les a appelés selon son projet. »
    Romains 8, 28

    Voilà le genre de verset qui peut apparaître comme une provocation à la simple lectrice de la Bible que je suis. « Dieu fait tout pour le bien de ceux qui l'aiment. » Quelle blague ! Quand je pense aux personnes concernées par le Tsunami en Thaïlande, à tout ceux qui souffrent dans les hôpitaux, ou tout simplement à moi-même dans les circonstances qu'il vous plaira d'imaginer, j'ai envie de rire ou de pleurer de consternation !
     
    Plus sérieusement, une fois la première impression passée, je me suis demandée : qu'est ce que cela nous dit de Dieu ? Si Dieu fait tout pour mon bien, alors cela veut dire qu'il dirige ma vie dans les moindres détails. C'est de l'ordre du déterminisme le plus absolu. Dieu ne vaut pas mieux que Zeus, ce Dieu grec qui, pour se distraire, envoyait des épreuves aux humains ou se servait d'eux à l'occasion...
     
    Si j'ouvre ma Bible, je découvre un Dieu d'amour qui prend soin de ses créatures, qui les libère, qui leur donne une loi de vie et qui pour finir leur envoie son Fils unique pour leur redire de vive voix son amour. Depuis la Genèse, Dieu a toujours respecté la liberté de l'homme. Cette notion d'un destin implacable, d'un Dieu despote n'est pas biblique.
     
    De quel projet nous parle-t-on dans ce verset 28, alors ? Le contexte du verset montre qu'il s'agit d'un projet d'amour. Mais ce projet ne peut pas se réaliser sans notre accord. Le Seigneur Jésus n'a pas pour habitude de défoncer les portes de notre cœur quand il veut y entrer. Vous avez remarqué... il frappe d'abord !
     
    Au lieu de chercher dans les horoscopes, qui vont bientôt fleurir dans nos kiosques à journaux, les grandes orientations de l'année 2006 qui va commencer bientôt, posons-nous cette question : Quel est le projet d'amour que Dieu a pour moi, pour l'année qui vient ? Quels sont les choix que Dieu m'invite à faire ?
     
    C'est nettement plus responsabilisant que des horoscopes auxquels il suffirait de se conformer, de façon passive.
     
    Pour connaître le projet d'amour que Dieu a pour nous, il n'y a pas de recettes mais une attitude à avoir : faire confiance à Dieu (c'est la définition même de la foi), lui demander dans la prière de nous faire connaître son projet pour nous à travers sa Parole, par Son Esprit, par les frères qu'il met sur notre chemin et enfin, en s'appuyant sur notre raison et notre intelligence.
     
    Ah, une dernière chose : compter sur l'inattendu de Dieu. La vie chrétienne est une aventure et non un voyage organisé.
     
    Alors bonne route et Bonne année 2006 à tous.
     
    Nicole Sanchez Vidal,  pasteur stagiaire.
     


    Mes Noël d'enfant ... ou notre histoire d'amour avec Lui

    "Les bergers s’en retournèrent glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, et qui était conforme à ce qui leur avait été annoncé."
    Luc 2, v.20

    Je ne sais pas si vous avez l’habitude de vous promener dans les marchés de Noël à Paris. Si oui, vous avez dû constater comme moi qu’on y vend, entre le vin chaud et les oreillettes, des santons de Provence.
     
    Pour ceux qui ne sauraient pas ce que c’est, il s’agit de petits personnages d’argile habillés comme en Provence, chargés de cadeaux pour l’Enfant Jésus. On s’en sert essentiellement pour faire une crèche (une reconstitution de la Nativité). Vous parler de ces santons me fait penser à mes Noël d’enfant, en Languedoc dans le Sud de la France. Dans cette région mitoyenne de la Provence (il n’y a qu’à traverser le Rhône), les traditions de Noël sont tenaces !
     
    La nuit du 24 décembre, les habitants de mon village se rendaient à l’Eglise en habits traditionnels, provençaux. Chacun portait quelque chose, à l’image des santons : du pain, des fleurs par exemple. C’est une vraie crèche vivante. Le berger arrive avec ses moutons et tout ce petit monde entre dans l’Eglise. Il a dans les bras un petit agneau qui appelle encore sa mère. Vous ne pouvez pas imaginer ce que ça peut être joli un petit agneau ; C’est tout doux, tout chaud. C’est sans défense. Une vraie merveille, quoi !
     
    Bien sûr, dans le fond de l’Eglise, il y a une crèche grandeur nature ; A minuit, on porte l’Enfant Jésus entre ses parents et on chante.
     
    Ce soir là, on dirait bien que le ciel est toujours plus étoilé que d’habitude. Je me suis toujours surprise à chercher l’Etoile qui me guiderait moi aussi, comme les rois Mages.
     
    Certains d’entre vous doivent se demander pourquoi je vous raconte quelque chose d’aussi naïf, d’aussi folklorique. On est dans le monde de l’enfance, de la poésie. Très bien… alors ouvrez votre Bible au chapitre 2 de l’Evangile selon Matthieu. Vous y trouverez un récit narratif qui a l’allure d’un conte : il y a le gentil couple (Marie et Joseph), le héros (Jésus), le méchant roi Hérode qui souhaite la mort du héros. Il y a du merveilleux, voire du magique : une étoile qui guide les rois Mages depuis l’Orient. Les cadeaux somptueux, en parfait décalage avec la situation modeste des parents de Jésus, nous font penser que nous sommes en plein rêve, en pleine poésie. Et pourtant… quand on regarde tout cela d’un peu plus près (pause) on s’aperçoit d’une merveille encore plus grande, la vraie :
     
    Pour une fois, devant un texte pareil nous n’avons pas à réfléchir, nous n’avons pas à nous triturer l’esprit pour comprendre ce qui nous arrive : Dieu est présent parmi nous. Il n’y a plus à vouloir dominer le texte, il y a à faire lâcher prise à notre besoin constant de preuves pour accueillir l’amour immense de Dieu à notre égard, le mystère incommensurable de l’Incarnation ; Pour moi l’Incarnation signifie deux choses :
    a) Prologue de Jean verset 14, on trouve : « Et le verbe s’est fait chair ». La Parole de Dieu, c’est concret, ça colle à notre réalité, à notre vie d’homme. Dieu n’est pas quelqu’un qui nous regarde de très haut. Il est en communion avec nous.
     
    b) Philippiens chapitre 2 verset 7 : « Mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et reconnu à son aspect comme un homme. »
     
    Pour moi, cela veut dire que Jésus était un homme complet : il avait faim, soif, il avait besoin de dormir, il avait des sentiments (la compassion, la piété), un tempérament. Il avait aussi quelque chose à faire. Il avait une mission. Pour moi, l’Incarnation n’est pas un fait ponctuel. C’est duratif. Jésus a mis du temps à devenir un homme, à se former (comme vous) L’Incarnation pour nous c’est devenir des hommes et des femmes complets, épanouis. Et ça, ça prend toute une vie. Nous avons quelque chose à faire, nous avons-nous aussi une mission. Nous sommes des envoyés. Il nous faut trouver notre place dans la société, discerner avec l’aide de l’Esprit ce que sera notre tâche. Tout y participe : notre vie familiale, professionnelle, vos études, les devoirs qu’on vous demande de faire.
     
    L’Incarnation, donc, dépasse notre intelligence. Notre Dieu est vivant. Il vient habiter parmi nous. Noël est  un commencement, le jour numéro 1 de notre histoire d’amour avec Lui.
     
    Cela vaut bien toutes les démonstrations de piété populaire du monde, cela vaut bien les 13 desserts comme en Provence. Cela vaut bien le style particulier avec lequel Matthieu commence son Evangile.
     
    Profondément, je ressens qu’aujourd’hui est un jour de grâce, de joie dans le Seigneur parce que c’est Lui qui vient nous dire : je t’aime, et je viens commencer quelque chose avec toi !
     
    Nicole Sanchez Vidal


    Il faudrait que vous naissiez de nouveau (Jn 3.1-8)

    Il se peut que le grand problème de la vie ne soit pas tellement de vivre ... mais finalement de naître...

    Sur la terre il y a des millions et des milliards de vivants et comme Nicodème, ils traversent les nuits, non pas tellement pour vivre, mais parce qu'ils ont besoin de naître.
     
    Ils traversent les nuits avec leurs questions, leur savoir, leur jeunesse ou leur vieillesse.
     
    Partout il est dit que nous avons le mal de vivre ! N'aurions-nous pas plutôt le mal de naître, c'est-à-dire de devenir celui que nous sommes véritablement ?
     
    Nous ne sommes pas ce personnage, ce visage, nous ne sommes pas le chrétien de cette ville, de cette famille, nous ne sommes pas le pauvre, l'inintelligent, le riche ou l'intelligent.
     
    Tout cela c'est l'apparence des choses.
     
    Nous sommes un homme qui cherche à naître... Il faut que vous naissiez de nouveau.
     
    Si tu saisis en toi cette pulsation merveilleuse, qui te porte à ne pas être aujourd'hui ce que tu étais hier, tu es en train de naître.
     
    Si tu fais aujourd'hui des choses étonnantes, comme Nicodème qui s'est fait infiniment petit devant Jésus, tu es en train de naître.
     
    Je t'assure que la plus grande chose de la vie, ce n'est pas de vivre, c'est de naître constamment pour ne pas être vieux.
     
    Entre dans le mystère de ces paroles : "il faut que vous naissiez de nouveau" et laisse-toi emmener dans la vérité de Jésus.
     
    Fais-toi léger dans le souffle du vent, qui va où il veut, et que se réveille celui qui en toi, à Noël, tous les jours, cherche à naître.
     
    Sœur Myriam,
    Diaconesse de Reuilly


    Sara

    A l’aube du deuxième millénaire avant notre ère, la cité de Our en Basse-Mésopotamie est un grand centre culturel et commercial. Saraï, une jeune fille de cette ville, épouse Abram, celui qui deviendra le « Père des croyants ». Saraï est aussi la demi-sœur d’Abram car tous deux ont le même père, Tèrah. Cela aurait servi d’excuse à Abram pour faire passer à deux reprises son épouse pour sa sœur, afin d’éviter d’être jalousé à cause de la beauté de Saraï. La jeune femme est en effet très belle mais il y a une ombre au tableau : elle souffre de stérilité.
     
    Un jour, Tèrah quitte Our avec Abram, Saraï, son petit-fils Loth et ses serviteurs, abandonnant ainsi le confort et la sécurité de la ville pour mener une existence nomade. Au pas de ses troupeaux, la famille remonte le Croissant fertile vers le nord-ouest puis s’installe à Harrân, ville importante située en Haute-Mésopotamie. Après la mort de Tèrah, Abram et Saraï reprennent leur long voyage vers le pays de Canaan, la « Terre promise ». Dieu n’avait-il pas en effet ordonné à Abram : Va-t’en de ton pays, du lieu de tes origines et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai ?
     
    Lorsque les voyageurs arrivent en Canaan, Dieu  apparaît à Abram et lui dit : Je donnerai ce pays à tes descendants. Après quelques péripéties, le couple déploie ses tentes dans la région d’Hébron. Mais la promesse divine tarde à se réaliser. Dix années se sont écoulées depuis l’arrivée en Canaan et le couple n’a toujours pas d’enfant ! Conformément aux usages et au droit de l’époque, Saraï conseille à son mari d’aller avec sa servante Agar afin d’avoir une descendance ; l’enfant qui naîtrait serait ainsi celui de l’épouse légitime. La jeune servante égyptienne est bientôt enceinte. Mais les relations entre les deux femmes s’enveniment ! Agar ne songe pas à renoncer à son enfant en faveur de sa maîtresse et perçoit même cette grossesse comme une victoire remportée sur elle. Taraudée par la rancune, Saraï la chasse sans ménagement. Agar va enfanter un fils, appelé Ismaël, « Dieu entendra».
     
    Treize ans plus tard, Dieu apparaît une nouvelle fois à Abram et confirme son alliance : Je bénirai Sara, elle donnera naissance à des nations ; des rois et des peuples sortiront d’elle… Il change le nom de Saraï en celui de  Sara  « princesse » et le nom d’Abram  en celui d’Abraham  « père d’une multitude », leur réservant ainsi une nouvelle destinée.
     
    Enfin, la promesse divine est renouvelée aux chênes de Mamré : l’un des trois hôtes mystérieux d’Abraham annonce l’imminence de l’événement. Incrédule, Sara se met à rire en elle-même. A la stérilité s’ajoute maintenant le poids des ans. Comment pourrait-elle enfanter au seuil de la vieillesse ? Mais l’année suivante, au temps fixé par Dieu, Sara donne naissance à un fils, nommé Isaac, « il rira ».
     
    Les années s’écoulent au rythme des joies et des peines dans ce pays de Canaan. Rassasiée de jours, Sara meurt à Hébron à l’âge de cent vingt-sept ans. Pour l’ensevelir, Abraham acquiert la grotte de Makpéla, qui deviendra la sépulture des Patriarches.

    Patrick Chong


    J'ai interrogé les dix lépreux

    Luc 17, v.12 à 19


    A neuf des lépreux guéris de leur maladie j’ai posé la même question :

    « Pourquoi n’êtes-vous pas revenu vers Jésus
    pour le remercier de vous avoir guéri ? »


    Je vous livre leurs réponses.

    1. « Je ne suis pas ingrat de nature ; mais je voulais d’abord montrer à ma famille et à mes amis que j’étais guéri. Après cela, je voulais dire merci, mais Jésus avait continué son chemin… »
     
    2. « Assurément, je voulais remercier Jésus ! Mais je n’allais tout de même pas, moi, juif croyant et pratiquant, le faire en compagnie de ce Samaritain ! Mais avant que je n’aie trouvé quelqu’un pour lui transmettre mon message, Jésus avait poursuivi sa route… »
     
    3. « Je ne voulais pas me contenter de remercier Jésus avec des paroles creuses ; je voulais lui faire un cadeau. Mais je suis pauvre et je n’ai rien trouvé qui fût digne de lui… »
     
    4. « En principe, j’avais bien l’intention de dire merci à Jésus. Quand je suis allé me montrer aux prêtres, j’étais guéri, certes, mais je ne savais pas si cela durerait. Maintenant j’en suis sûr, mais Jésus a disparu… »
     
    5. « Pour un peu j’aurais rebroussé chemin avec le Samaritain pour remercier Jésus. Mais cela m’aurait forcé à dire devant toute cette foule : j’étais lépreux et tu m’as guéri ! J’ai eu honte et je me suis abstenu… »
     
    6. « En fait, j’avais l’intention de remercier Jésus. Mais je me suis soudain rappelé qu’il n’attendait aucun remerciement pour tout le bien qu’il fait. Alors je suis resté chez moi… »
     
    7. « En règle générale, je ne me montre jamais ingrat. Mais la joie de revoir mes proches m’a tout bêtement fait oublier de dire merci et quand l’idée m’en  est revenue, Jésus n’était plus là… »
     
    8. « Vous avez vu combien il y a de lépreux ? ! Si Jésus m’a choisi pour me guérir justement moi, c’est certainement parce que je mène une vie comme il faut… »
     
    9. « Je voulais le remercier, c’est vrai, je vous assure. Mais la plupart de mes compagnons ne sont pas revenus vers Jésus et, vous savez, j’emboîte toujours le pas à la majorité… »
     
    J’ai aussi demandé au Samaritain : « Pourquoi avez-vous remercié Jésus ? » Il m’a répondu :

    10. « Il m’est impossible de vivre sans respirer. Rentrer chez moi sans remercier Jésus, cela m’était impossible. »
     
     
    Extrait de « La danse du semeur »
    Prières évangéliques de Johnson GUANA (indien)


    Mais sur ta parole

    Parmi les lectures proposées aux églises chrétiennes au mois de janvier, le récit de la pêche miraculeuse a retenu mon attention. Dans l’Evangile de Luc, cet épisode est lié par le biais de la métaphore du pêcheur à l’appel des premiers disciples. Mais cet appel est essentiellement focalisé sur le personnage de Simon, qui sera par la suite appelé Pierre.
     
    Deux barques amarrées au bord d’un lac, des marins pêcheurs lavant leurs filets ! Une nuit harassante, des efforts vains, des filets vides ! La scène se déroule au petit matin sur les rives du lac de Galilée, entre terre et eau.
     
    D’après l’évangéliste Luc, Jésus a commencé son ministère mais n'a pas encore de disciples. Les populations villageoises de Galilée accourent pour l’écouter. Afin d’être entendu par tous, Jésus monte dans la barque de Simon, un pêcheur de Capernaüm qu’il connaît déjà, et s’éloigne de la berge pour enseigner la foule. La pêche miraculeuse va donc s’inscrire dans un contexte de prédication,  liant ainsi étroitement Parole et miracle.
     
    Puis, Jésus dit à Simon : avance eneau profondeet jetez vos filets. Ce pêcheur expérimenté est surpris ! On ne va tout de même pas lui apprendre son métier !  Il proteste: Maître, nous avons peiné toute la nuit…
     
    Cependant, il se ravise : mais sur ta parole. La pêche devient alors merveille d'abondance. Saisi d'effroi, Simon tombe à genoux car le divin a fait irruption  dans la barque! S’il appelait auparavant Jésus « maître », il s’écrie à présent : Seigneur. Un sentiment d’indignité accable alors ce rude pêcheur, mais Jésus le rassure : Sois sans crainte… Et c’est ainsi que Simon quittera les rives du lac de Galilée pour devenir pêcheur d’hommes (prenant vivants des humains, en grec) afin de répondre à l’appel de Jésus.
     
    A l’issue de cette nuit infructueuse, Simon était abattu par la fatigue et le découragement. N'est-ce pas le même sentiment d'impuissance et de lassitude qui nous envahit devant les souffrances de ce monde ? En écho à l’objection de Simon, nos protestations s’élèvent : A quoi  bon agir ? Ce serait une goutte d’eau dans la mer !…
     
    Mais sur ta parole ! Il aura suffit d’un « mais » pour que l’abondance succède au manque, pour que l’enthousiasme succède au découragement. Il aura suffit d’un « mais » pour que le destin de Simon bascule ! Et si nous osions le pari de la foi ! Si, malgré toutes nos objections légitimes en apparence, nous prononcions ce mais sur ta parole ! Si nous accordions réellement foi en la parole de notre Dieu !
     
    Aujourd’hui encore, Dieu nous demande d’avancer en eau profonde. Ne nous laissons pas accabler par un sentiment d’indignité ou d’impuissance. Car le Seigneur est dans la barque avec nous, c’est Lui qui nous aide à jeter les « filets de la Parole » dans les eaux agitées de notre monde !
     
    Denise CHONG


    La Nativité

    Nous sommes depuis peu entrés dans la période de l’avent qui précède Noël, fête de la naissance de Jésus-Christ, notre sauveur. 


    Dans l’évangile de Luc, l’annonce de la conception, puis de la naissance de Jésus, à Marie, se situe après qu’un ange ait annoncé à Zacharie la naissance d’un fils qui sera Jean-Baptiste. Zacharie et sa femme Elisabeth ne pouvaient avoir d’enfant et étaient déjà âgés. Comme dans les textes de la première alliance (ou Ancien Testament), le thème de l’infertilité apparaît et la souffrance est réparée par une annonce divine (pensons par exemple à Sarah qui n’a pas cru les anges qui lui ont annoncé la naissance d’un fils devenu Isaac).
     
    Alors qu’Elisabeth (cousine de Marie) est enceinte de 6 mois (notons qu’elle s’est cachée cinq mois et qu’elle s’estime lavée de la honte d’être sans enfant), l’ange Gabriel est missionné par Dieu et apparaît à Marie : Il lui annonce qu’elle va être enceinte et qu’elle mettra au monde un fils qu’elle nommera Jésus (Luc chapitre 1 verset 31). Marie s’étonne de cette annonce car elle n’a pas connu d’homme et elle questionne l’ange. Celui-ci lui répond que le Saint-Esprit viendra sur elle et la couvrira comme d’une ombre. Et l’enfant qui naîtra sera saint et fils de Dieu. L’ange l’informe qu’Elisabeth attend un fils malgré son grand âge.
     
    Alors, Marie se soumet et se reconnaît comme la servante du Seigneur.
     
    Cette conception divine parait tout à fait possible puisque Dieu a tout créé, il est donc très informé des possibilités de conception. Dieu a certainement vu cette conception et le développement de Jésus, comme nous pouvons voir nos enfants se développer aujourd’hui, grâce aux échographies. Notons que Dieu décide d’utiliser le corps d’une femme pour créer son fils (alors qu’il avait créé Adam à partir de la glaise).
     
    Lors de sa visite à Elisabeth, Jean-Baptiste bouge dans le ventre de sa mère au cours des salutations faites par Marie. On comprend l’émotion d’Elisabeth, car sentir son enfant bouger en soi est particulièrement touchant. Elisabeth bénit alors Marie et l’appelle « la mère de son Seigneur ». Marie prononce alors son magnificat.
     
    Au chapitre 2 de l’évangile de Luc, nous apprenons que l’opération de recensement explique le voyage de Nazareth vers Bethléem de Joseph et de Marie. En effet, Joseph est un
    descendant de David (Cf. les ancêtres de Jésus indiqués dans l’évangile de Marc au chapitre 1).
    Et à Bethléem, « le jour arriva où son bébé devait naître ». Aucun détail n’est fourni et cela parait normal car bien que Luc fût médecin, les accouchements se faisaient entre femmes comme cela est encore le cas en Afrique par exemple. Joseph a dû appeler les sages-femmes et les anciennes pour aider Marie à accoucher dans la modeste étable.
    En matière d’hygiène on aurait pu imaginer beaucoup mieux pour le fils de Dieu : Dieu le fait naître dans un endroit très modeste au milieu des animaux. Jésus est destiné à porter la parole à tous y compris aux personnes démunies et humbles.
    Cependant, malgré le cadre champêtre, Luc montre l’amour de sa mère en précisant que Marie enveloppa son fils de langes et le coucha dans une crèche. Jésus est donc bien soigné et couché dans la paille (propre) qui permet de garder la chaleur.
     
    Nous ne doutons pas qu’il s’agissait d’un enfant robuste et en bonne santé même si à l’époque (et encore aujourd’hui dans le tiers monde) les décès de bébés et d’enfants étaient très fréquents.
    Le fils de l’homme et de Dieu reçoit alors la visite des bergers avertis de la bonne nouvelle par  un ange.
    Lorsque les bergers visitant la sainte famille, indiquent l’origine de leur venue, « Marie gardait tout cela dans sa mémoire et y réfléchissait profondément » (Luc chapitre 2 verset 19)
     
    De sa conception à sa naissance Jésus-Christ, notre sauveur, est entouré de messagers divins qui le désignent comme le nouveau messie. Sa naissance et son enfance, ressemblent aux nôtres, mais sa conception confirme son destin exceptionnel.
     
    Noël reste pour nous la fête de la naissance de Jésus-Christ (son anniversaire) et le début d’une ère nouvelle rapportée dans les quatre évangiles (Nouveau Testament).
     
    Brigitte LEKIME


    Les noces de Cana

    Jean 2, 1-12

    Selon le quatrième évangile, le ministère de Jésus débute avant toute proclamation ou enseignement significatif par deux gestes symboliques, l'un à Cana en Galilée à l'intention des disciples, l'autre à Jérusalem à l'intention de la foule lorsqu'il chasse les marchands du Temple. L'épisode de Cana est présenté comme le commencement des « signes » de Jésus, terme propre à Jean pour désigner les miracles les plus significatifs qu’il a choisi de rapporter. Il est daté du troisième jour, ce qui, rattaché aux indications chronologiques du chapitre précédent, correspond au septième jour depuis le témoignage de Jean-Baptiste qui a tout déclenché, avec peut-être l’idée d’un premier achèvement. Le miracle reste très discret puisque les principaux bénéficiaires n’en soupçonnent pas l’origine, et transforme l’eau destinée à la purification rituelle en vin de qualité pour prolonger la réjouissance nuptiale. On est rendu attentif au rôle de la mère de Jésus, toujours anonyme dans cet évangile, qui semble avoir la prescience de ce que son fils peut faire et le provoque en quelque sorte à agir. La réponse qu’il lui fait, apparemment négative (« Mon heure n’est pas encore venue »), se réfère peut-être à la manifestation publique de sa gloire dont l’heure ne viendra selon l’évangéliste qu’avec sa mort sur la croix, mais le miracle de Cana anticipe déjà aux yeux de ses disciples. Un second « signe » aura lieu dans le même village, la guérison du fils d’un officier royal (Jean 4, 43-54), miracle cette fois reconnu puisque le père de l’enfant se convertit avec toute la famille.

    Les noces de Cana ont acquis une célébrité plastique grâce à la grande toile rutilante de Véronèse, mais le changement de l’eau en vin véhicule parfois dans la culture populaire l’image superficielle d’un Jésus bon vivant et presque magicien.
     
    Evelyne MÜLLER



    1 Timothée 1 versets 12 et 13

    J'ai obtenu miséricorde, parce que j'agissais par ignorance, dans l'incrédulité ;
    et la grâce de notre Seigneur a surabondé,
    avec la foi et la charité qui est en Jésus-Christ.
    I Tim 1, v.12-13

    La grâce surabondante…. Tout le mystère de la foi !
    C'est bien là le principal message de la Réforme : la prise de conscience de l'homme pécheur face à la grâce rayonnante de Dieu, cette grâce qui désormais nous libère de la crainte du châtiment divin.

    Faisant rupture avec l'angoisse des chrétiens de son temps, Luther retrouve cette vérité de Dieu, le regard indulgent d'un Père qui fait tout -– jusqu'à sacrifier son Fils Unique – pour sauver les hommes pécheurs.

    La mort du Christ sur la croix, c'est l'alliance de Dieu renouvelée, c'est une nouvelle chance pour l'humanité, c'est une invitation à nous rapprocher de Dieu. Dieu lui-même fait le chemin jusqu'à nous. Il vient nous chercher jusque dans notre ignorance de sa présence et de Son amour, Il vient lui-même "au secours de notre incrédulité".

    Lorsque l’apôtre Paul dit qu’il agissait par ignorance, dans l’incrédulité, ce n’est pas une excuse qu’il se donne. C’est le constat de ce qu’il était avant l’intervention de Dieu. C’est la grâce de Dieu qui transforme sa vie et en fait un homme nouveau.

    Face à Dieu, nous n'avons pas besoin de faire nos preuves, de nous mortifier d'une quelconque manière. Certes, nous sommes pécheurs, certes nous faisons ce qui est mal au regard de Dieu. Mais pourrions-nous expier par nous-mêmes ? Comment calibrer le repentir et les bonnes actions qui pourraient racheter nos fautes ?

    La réponse à cette interrogation, c'est la grâce surabondante de Dieu, une grâce infinie, déjà présente dans l’Ancien Testament : « Que le méchant abandonne sa voie et l’homme l’iniquité d ses pensées ; qu’il retourne à l’Eternel qui aura pitié de lui, à notre Dieu qui ne se lasse pas de pardonner » (Esaïe 55.v.7). 

    Mais cette grâce inimaginable, qui se donne sans détours, est aussi exigeante. C'est le don gratuit de Dieu, mais il nous est demandé en retour de nous convertir, c'est-à-dire de tourner le dos à nos erreurs. Quelques versets plus loin, Esaïe poursuit : « Ainsi en est-il de ma parole qui sort de ma bouche: elle ne retourne point à moi sans effet (...) au lieu de l’épines’élèvera le cyprès, au lieu de la ronce croîtra le myrte » (Esaïe 55.v.11,13). En fait c’est Dieu lui-même qui fait tout : pour nous, il suffit de lâcher prise, de nous laisser aller dans l'Amour infini. Alors, en conséquence de notre prise de conscience de la grâce de Dieu, nous aurons envie de Le louer et de vivre selon ses commandements. N'étant plus dans l'ignorance qui engendre la peur, nous serons libérés, et de ce fait nous aurons à cœur de Le remercier et de témoigner notre gratitude.

    Le verset cité rappelle que la grâce a pour cortège la foi et la charité chrétienne, c'est-à-dire l'amour du prochain. La grâce, c'est le moteur qui trouve l'homme là où il est, et le met en route sur les traces du Christ. Que notre place soit modeste ou plus en vue, peu importe, puisque ce n'est pas cela qui compte, mais bien la démarche d'amour première de Dieu vers l'homme.

    Si Dieu est infini, infiniment grand, infiniment bon, c'est bien dans l'infini de Sa grâce qu'il se révèle à nous par Jésus-Christ. La grâce infinie, c'est aussi la grâce qui préexiste, la "grâce première". Avant que nous n'en prenions conscience, la grâce est là, et nous attend. Mais ce n'est pas un dû, c'est un don. Notre liberté, c’est de la recevoir ou de la refuser. Il nous est seulement demandé accepter Dieu plus grand que nous. C'est Lui qui donne. Nous ne serons pas sauvés parce que nous avons bien agi, mais nous serons sauvés si, en toute humilité et en toute confiance, nous acceptons que Dieu nous sauve. Il nous faut accepter de lui devoir notre salut.

    Pour un protestant, ces considérations peuvent sembler tellement banales… une affirmation tellement entendue qu’elle ne fait plus réagir, quelque chose qui fait partie du paysage et que l’on ne remarque plus. Et là, en y réfléchissant à nouveau, c’est un sentiment de honte qui se fait jour : Comment ai-je pu banaliser une si extraordinaire révélation ? Comment passer à côté de l’actualité de ce message ? L'homme se croit grand, mais par lui-même il ne peut rien au regard de son destin et de son éternité. Sachons reconnaître le miracle de la grâce de Dieu, et nous laisser simplement remplir de son amour pour que cet amour nous mettre en marche vers nos frères.

    Hélène Haering
     


    Genèse du christianisme

    Tiré du Monde du 27-03-04
    Tiré du Point du 18-03-04

    La chaîne Arte a diffusé en partie durant la semaine Sainte, un manifeste d’un réel intérêt culturel pour le christianisme et ses origines. La période qui va de la mort de Jésus (environ an 30) à l’ultime révolte juive du milieu du 2e siècle est traitée sous forme d’enquête historique interrogeant les textes du Nouveau Testament et faisant intervenir une dizaine de spécialistes des textes bibliques, du judaïsme et des textes des premiers siècles.
     
    Leur matériau littéraire– Epîtres de Paul, Actes des Apôtres et Evangiles – est abondant, mais plus tardif, touffu, contradictoire.
     
    En dix épisodes de cinquante deux minutes, c’est un marathon épuisant que proposent Gérard MORDILLAT et Jérôme PRIEUR, auteurs de la série "Corpus Christi" diffusée en 97/98.
     
    L'ampleur du projet mais aussi la difficulté d'aborder des questions complexes pour un grand public et pour des chrétiens peu habitués à ce type d'investigations historiques n'étaient pas sans provoquer chez certains, incompréhensions et questions.
     
    Les émissions aident à percevoir que le christianisme naissant est une réalité complexe traversée, comme tout organisme qui naît et croît, par des crises, des tensions, des courants, des prises de positions diverses, des luttes d'influence. Ceux qui connaissent les Actes des Apôtres savent bien que, si l'on y décrit à certaines pages une communauté idyllique, d'autres pages ne gomment pas les conflits, les difficultés… Par ailleurs, il est aussi intéressant de découvrir un regard juif sur l'origine du christianisme.
     
    Les spécialistes convoqués n'ont pas dans le contexte de l'émission droit à un véritable débat contradictoire, puisque la juxtaposition de bribes d'interviews se fait sans que les intervenants puissent se répondre.
     
    Les dix intervenants, dont deux femmes, participent au jeu sans aucune tendance à la polémique, c'est le spectacle de l’intelligence, de la pensée, de la capacité de réfléchir.
    On voit ici des gens (exégètes, historiens, linguistes du monde entier) dont l'érudition est incontestable qui osent dire : "Nous ne savons pas, c'est une hypothèse, nous spéculons que…" Et c'est cela qui nous les rend si sympathiques ! En somme, ce sont de vrais chercheurs qui montrent tout ce que le Nouveau Testament contient en creux, mettent en lumière sa complexité et ses contradictions, qui sont beaucoup plus grandes qu'on ne l'imagine. Pour résumer disons que la confrontation des textes est productrice… Mais l'intention est la même : revenir aux textes, les discuter, les mettre en contradiction, aller contre les idées reçues, résister aux anachronismes.
     
    Les Evangiles et les Actes (rédigés par Luc vers 80) ne sont pas des récits historiques… mais les historiens doivent s'en contenter. En effet seul le livre de l'historien juif au service des Romains, Flavius Josèphe (43 – 100 après J.C.), auteur des "Antiquités judaïques", correspond aussi à la période en question, sinon c'est le grand vide. Et Jésus n'était ni riche, ni puissant et sa contestation de l'ordre romain non violente. Comment laisser une trace matérielle dans ces conditions ? Le royaume des cieux que le Christ veut instaurer n'avait pas de capitale !"
     
    On en revient sur les interrogations de départ : comment s'est formé le christianisme ? Comment est-on passé d'une petite communauté, d'abord entièrement juive, à la constitution d'une religion universelle ?
     
    Une façon précise et particulière de revenir à la source du christianisme en se penchant sur son initiateur, lequel ne voulait d'ailleurs pas fonder une religion, mais établir une relation entre les hommes et Dieu, leur créateur.
     
    De ce fait, ce n'est pas seulement aux origines du monde chrétien que les propos de Jésus nous font remonter, mais bien à celle de l'humanité toute entière, puisqu'il est Fils du Dieu Créateur.
     
    Manfred Gardian


    Promesses de Jésus

    Promesses de Jésus et questions de disciples
    Jean 14.6-14

    Thomas souffre de littéralisme, ce qui l’empêche de voir d’autres possibilités. Mais Jésus donne une réponse spirituelle à sa perplexité par cette grande affirmation : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Les deux dernières notions "la vérité et la vie" sont déjà mentionnées dans le prologue ; la première découle de l’expérience spirituelle. Toutes trois peuvent être résumées dans la formule "Le chemin vrai et vivant", tout comme  Hé. 10.19,20 parle "du chemin nouveau et vivant", où deux des substantifs sont pris comme adjectifs, selon l’usage araméen. Cette affirmation est la réponse du Seigneur à la question de Thomas : "Comment en saurions-nous le chemin ?" ; c’est comme s’il avait dit : "Il suffit que vous me connaissiez, moi." Le chemin vers Dieu, personnifié en Jésus, est un chemin de souffrance et de triomphe, au travers de l’humiliation. Affirmer que la connaissance de Jésus – Christ communique la connaissance du Père est une vérité profonde. Cependant c’était  difficile à saisir, comme le prouve la requête de Philippe. Envisageait-il une vision immédiate de Dieu comme seule possibilité de combler son attente ? Jésus le blâme pour son manque de foi. Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m’as pas connu ! Philippe en avait eu pourtant largement l’occasion, mais il n’avait jamais perçu la vraie nature de Jésus, révélation du Père.
    Jésus en appelle à son discernement pour qu’il croie en cette relation étroite entre le Fils et le Père. Sinon, croyez à cause des œuvres mêmes. Ceci s’adresse non seulement à Philippe mais à tous les disciples. Ils avaient vu les miracles de Jésus. Ils auraient dû savoir qu’il possédait un pouvoir surnaturel, qui ne pouvait venir que de Dieu.
     
    Dans le discours suivant, Jésus insiste sur l’exhortation et l’encouragement. Ses paroles s’adressent aux disciples qui croient ; leur application à tous les autres croyants n’est donc pas limitée dans le temps. Il en fera de plus grandes (œuvres). Non seulement les œuvres de Jésus doivent servir de modèles aux disciples, mais ils les dépasseront. Ces œuvres, il faut les concevoir sans contexte comme étant une mission que Dieu confie ; et les "plus grandes œuvres" ont trait aux possibilités accrues qui s’offriront aux disciples, quand Jésus sera retourné auprès du Père. Il sera alors possible au Christ d’œuvrer par le truchement de son peuple. Le livre des Actes constitue un commentaire de cette promesse.
     
    Evelyne Müller


    Jésus au quotidien

    Ecoute, je me tiens à la porte et je frappe ;
    Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte
    J'entrerai chez lui et il mangera avec moi.
    Apocalypse 3, 20

    C'est sans doute l'une des plus admirables déclarations bibliques, exprimant l'intention de Jésus d'entrer en relation d'intimité avec nous. Il est le solliciteur, il vient jusqu'à la porte de notre vie et demander la permission d'entrer !
    Depuis la création, Dieu cherche quelqu'un qui soit à son image, qui prenne, en toute autonomie, la décision de l'honorer, de lui obéir. Hélas ! L'homme s'est fourvoyé dans le rejet de Dieu. Il a fallu, pour le sauver, le sacrifice suprême du Christ. Maintenant, c'est lui qui quémande notre accueil !

    Le peintre anglais William Holman Hunt (1827-1910) a représenté cette scène. On y voit Jésus, couronné d'épines et frappant à une porte, ménagée dans le haut mur d'un jardin. Au moment du vernissage, quelqu'un fit remarquer à l'artiste : Mais vous avez oublié la poignée de la porte ! Non, non, répondit le peintre, la poignée est à l'intérieur. C'est à celui qui est derrière la porte qu'il appartient d'ouvrir, s'il le veut !
    Dans toute la Bible, est mis en évidence Dieu respectant notre liberté d'homme. Bien évidemment, notre responsabilité n'en est que plus engagée.

    Mais quelle fête quand quelqu'un entend la voix de Jésus-Christ et lui ouvre la porte ! Le Seigneur entre alors et crée cette communion d'une qualité sans égale, celle que décrit l'expression insolite : Je mangerai avec lui et il mangera avec moi, comme si l'un pouvait se concevoir sans l'autre !

    Telle est déjà la proximité Qui se crée ici-bas entre Jésus-Christ et nous. Telle devrait être aussi la qualité du repas de la Sainte Cène. Telle sera en tout cas la dimension du grand repas de fête auquel nous sommes conviés dans la maison du Père !

    Paul Vandenbrock
    (choisi par Manfred Gardian, extrait de "Jésus au quotidien")


    Daniel et le Liban

    "Il sait ce qui se cache dans les ténèbres car la lumière brille à ses côtés"
    Daniel 2.22

    La lecture du livre de Daniel a ravivé en moi des sentiments ressentis lors de mon voyage au Liban avec le pasteur Chong. En effet, je ne peux m’empêcher de faire quelques comparaisons entre le comportement de Daniel durant la domination babylonienne et celui, pendant la guerre civile libanaise, de certains chrétiens libanais rencontrés lors de ce voyage.
     
    On apprend dans le livre de Daniel que, durant sa déportation à Babylone, Daniel a choisi de ne pas manger la nourriture proposée par le roi. Il ne s’est pas incliné devant la statue du roi et ce même sous peine d’être mis à mort.
     
    De la même manière, le pasteur Sarkissian, en charge de l’Eglise Protestante de Langue Française à Beyrouth, dont l’église est située dans la partie musulmane de Beyrouth, a dû au moment de la guerre civile libanaise, quitter son presbytère et y laisser toute sa famille pour aller se réfugier du côté chrétien. Mais pendant toute la durée de cette guerre, le pasteur Sarkissian est revenu dans son église, tous les dimanches, au péril de sa vie, pour y assurer le culte dominical. Ce n’est pas une guerre qui allait mettre fin à son ministère.
     
    Nous avons rencontré à Anjaar, non loin de Baalbeck, des jésuites, qui ont une ferme dans laquelle ils enseignent par la pratique comment tirer bénéfice du sol libanais et des richesses naturelles présentes dans cette région. Pendant la guerre civile libanaise, cette ferme a été occupée par des militaires syriens. Si bien que les jésuites ont vécu les batailles armées sur place entre les Syriens et les Palestiniens ainsi que les massacres perpétrés sur leurs terres. Tout cela ne les a pas empêchés de continuer à vivre selon leur foi chrétienne si bien que les militaires syriens ont très vite trouvé agréable de vivre avec eux.
     
    Daniel, le pasteur Sarkissian et les jésuites d’Anjaar sont des exemples de consécration et d’engagement. Ils étaient déterminés à servir Dieu sans tenir compte des conséquences. Ils n’ont jamais cédé aux pressions d’une société hostile à Dieu parce qu’ils avaient un but précis dans leur vie.

    Tout comme Daniel a servi pendant 70 ans dans un état étranger qui était hostile à Dieu, le Pasteur Sarkissian et les jésuites n’ont pas permis que leur singularité chrétienne soit entachée. Au contraire, ils sont tous restés fermes dans leur intégrité ; ils ont été persévérants dans leurs prières et ont été contents de servir Dieu.
     
    Dieu est resté fidèle dans la vie de Daniel. Il l’a délivré de prison, d’une fosse aux lions et d’ennemis qui détestaient Dieu. De la même manière, Dieu s’est montré fidèle avec le pasteur Sarkissian et les jésuites puisque tout au long de cette guerre civile libanaise, il a pris soin d’eux.
     
    En fait, le livre de Daniel nous rappelle que, par son omniscience et son omnipotence, Dieu peut contrôler l’histoire et les évènements de ce monde et piloter les activités humaines. Dieu combat le malin et condamne toute personne qui essaye de le défier. Au contraire, il délivre les fidèles qui le suivent.
     
    Il nous est permis de croire qu’à chacune de nos épreuves, Dieu sera toujours avec nous parce qu’il a promis d’être là. Et Daniel, le pasteur Sarkissian et les jésuites me font comprendre que nous devrions attendre patiemment et ne pas nous laisser emporter par les épreuves ou succomber aux tentations et aux péchés de toutes sortes.
    Leur vie me fait aussi réaliser que Dieu façonne patiemment ses fidèles et sait utiliser son peuple où qu’il soit.
     
    Daniel, le pasteur Sarkissian et les jésuites rencontrés au Liban, représentent pour moi le triomphe de la foi. Puisse Dieu nous octroyer ce même type de foi afin que nous puissions nous aussi vivre courageusement chaque jour de notre vie. Puisse Dieu nous attribuer ce même courage afin de rester fidèle face aux péchés de ce monde. Puissions rester les serviteurs de Dieu, fidèles et heureux de l’être quelle que soit l’épreuve dans laquelle Dieu nous place.
     
    Véronique Goiran-Moronval


    Le Carême

    Le mot Carême n’existe pas en tant que tel dans la Bible. Il vient du latin quadragesima dies, le quarantième jour (avant Pâques).

    Le Carême est depuis longtemps…

     
    Selon la dérive sémantique habituelle, qui adopte le nom de la partie pour le tout, il désigne les quarante jours avant Pâques (plus six dimanches). Et les pratiques de prière, de charité, de jeûne, d’abstinence attachées à cette période.
    Par capillarité intellectuelle, il rattache à ce moment du ministère de Jésus deux autres récits bibliques : les quarante jours de Jésus au désert et, plus loin dans le temps, les quarante années d’errance du peuple hébreu dans un autre désert.
    C’est ce dernier événement qui relie les Chrétiens aux pratiques de la religion juive des « jours redoutables » de prières et de privations qui précèdent chaque année la fête du Pardon. Le Carême représente donc un héritage et une recherche spirituelle composites et riches.
    Les Protestants ont toujours pris du recul vis-à-vis des pratiques de Carême ; sauf sur ses aspects attachés à la Parole. On peut même dire que certaines paroisses protestantes, comme certaines paroisses catholiques, pendant des siècles, ont presque forgé un style littéraire et oratoire à part entière.
     
    Le Carême, c’est aujourd’hui…
     
    Et puis pendant quelques dizaines d’années, le Carême a semblé intéresser de moins en moins de monde. Victime de la « mode », qui n’aime plus les privations, les contraintes, les longs discours…
    Pourtant, cette année, plus encore que l’année dernière, peut-être l’avez-vous remarqué, l’évocation du Carême réinvestit et la place publique et l’espace intime.
    Presque l’esquisse d’un mouvement général, au sein duquel se retrouvent ensemble Catholiques et Protestants.
    A cause sans doute de l’augmentation du nombre de couples mixtes, et au long travail mené par certaines Eglises pour parvenir à des textes communs sur les rapports entre les Œuvres et la Foi…
    A cause aussi d’une évolution de la mode, faite d’idées dans l’air du temps, de contexte social, politique ou philosophique.
    Dès qu’une tendance générale se dessine, l’esprit critique individuel a tendance à se réveiller…
    C’est une occasion de se poser quelques questions sur ce qu’est cette époque de notre vie spirituelle.
    Chaque année, le pape ouvre le Carême, rappelle ce qu’il est, et donne aux Catholiques un thème d’orientation spirituel. Aujourd’hui, c’est l’enfant : l’accueil et la protection des enfants dans notre société, et le désir de devenir enfant de notre Père.
    C’est une piste sur ce que peut être le Carême pour certains chrétiens cette année.
    Pourtant, dans la réémergence de l’intérêt pour le Carême, la voix du Pape est loin d’être la plus médiatique.
    D’autres voix font réagir et réfléchir sur ce que n’est certainement pas le Carême pour un Chrétien, et encore moins pour un Protestant.
     
    Le Carême n’est pas…

    Un régime de Printemps

     
    Selon l’idée que toutes les pratiques philosophico-religieuses se valent, et reposent toutes sur des considérations sanitaires, le jeûne et l’abstinence sont particulièrement bons pour la santé au printemps. En plus, il peut permettre d’enfiler plus facilement son costume de cérémonie pour les festivités de juin et son costume de bain pour les vacances.
    Vision caricaturale ? Peut-être, mais fréquente. Et qui permet d’être tolérant à bon compte.

    Une pratique mortifiante

     
    Selon l’idée que la vie ne vaut rien, que le corps est méprisable, qu’on ne trouve le bonheur, donc le salut, que par la souffrance et qu’il faut se détruire pour essayer d’exister : cette vision a eu ses adeptes par le passé, plus qu’aujourd’hui. Mais les pulsions purement psychologiques masochistes font partie de l’éternel humain.
    Le paradoxe de cette attitude, c’est que cette volonté de s’anéantir est en fait le fruit d’une formidable volonté de puissance sur soi-même, et donc d’orgueil. Sans compter que l’anéantissement de soi-même conduit quelquefois à provoquer l’anéantissement des autres.
     
    Un marchandage avec Dieu

    Ah ! Le vieux problème des œuvres ! Si je
    Te sacrifie mes appétits, mon temps, mon argent, comment peux-Tu ne pas me le rendre puisque je l’ai mérité ? Ce réflexe du donnant-donnant est ancré en nous depuis l’enfance. Il prend parfois des aspects plus sophistiqués et plus subtils : et toute notre vie il faut tenter de le débusquer.
    D’où nous vient-il, ce réflexe, puisqu’en général nous avons été élevés par des parents qui nous ont tout donné sans volonté de retour ?
    Et que penser lorsqu’il s’exerce à l’occasion du sacrifice le plus pleinement gratuit du Christ sur la croix ?

    Le Ramadan

     
    Lorsque l’on cherche la définition du Carême dans le Petit Robert, le premier exemple donné en italique est cette phrase : le Ramadan musulman correspond au Carême.
    Dans les cours de récréation des écoles, chaque jour on entend cet échange : Tu fais le Carême. Ah ! c’est une sorte de Ramadan ? Les problèmes d’adaptation diététiques des cantines, relayés par la médiatisation et par la politique ont fait que les pratiques du Ramadan sont plus connues de nos enfants que celles du Carême.
    Sur une radio chrétienne, on posait cette question à un évêque de France : « Cela ne vous agace pas que l’on parle dans les media beaucoup plus du Ramadan que du Carême ?
    - Pas du tout ! Relisez les paroles de Jésus lorsqu’il parle du jeûne, de la prière, de la charité à pratiquer dans le secret et dans l’intimité. » La simplicité et la limpidité du propos m’en ont fait oublier le nom de l’évêque, mais pas l’évidence de sa réponse.

    Le mois de la Charité Business

     
    Encore une histoire de place publique : le Carême est une période de don et de partage. Il y a longtemps que la société laïque a confisqué la plus grande part de la charité tout en rejetant le mot avec dégoût. Elle est devenue une obligation matérielle et morale, l’affaire du spectacle, et se donne pour couronnement la bonne conscience collective.
    Il s’agit là encore d’un marchandage. Pas avec Dieu cette fois-ci, mais avec la société tout entière.
    Charité sous projecteurs et devant caméra : se reporter à la réponse de l’évêque ci-dessus et aux textes bibliques en bas de page.

    Une manif protestataire

     
    Certains d’entre nous sont tentés de se réintéresser au Carême par réaction : voir les deux paragraphes précédents. Une manière de se réapproprier un espace de civilisation, un espace social, voire politique. Une manière de confondre la bannière et la banderole, en quelque sorte. On peut les comprendre.
    Mais c’est encore mettre la prière sur la place publique… Et le Carême est-il le temps pour cela ?
     
    Le Carême est…
     
    …alors, c’est quoi ?
     
    En fait, personnellement, je ne sais pas. Ou bien des moments que je n’ai ni l’envie ni le talent d’évoquer, différents d’une année à l’autre, d’un jour à l’autre, réinventés par la grâce.
    Et cette grâce, c’est dans ces deux textes fondateurs :
    Le livre d’Esaïe, chapitre 58 et surtout l’Evangile de Matthieu, chapitre 6.
    Le temps de Carême, c’est peut-être cela : prendre le temps de relire ces deux chapitres … en entier.
     
    Sophie de Mazenod



    Dieu et la communication

    Un ami écrivait dans la "Lumière dans Paris" (bulletin de la mission évangélique parmi les sans logis) : "Vases en argile pauvres et fragiles, modelés et façonnés par le divin potier, nous portons un trésor. Ce trésor c’est l’Evangile. Il doit être visible et non caché".
    Comment allons nous le rendre visible, le transmettre cet Evangile ? cette Bonne Nouvelle ?
    Nous avons à notre disposition, en ce XXème siècle des moyens de communication très performants – Internet à très haut débit, des centaines de chaînes de télévision accessibles par satellites, des milliers de titres de presses dans toutes les langues, le téléphone portable par lequel chacun peut être joint à tous moments etc.
    Interrogeons-nous plutôt comment Dieu communique-t-il ?
    D’abord Dieu est expert en communication non verbale. Au commencement tel un bel oiseau son Esprit planait au-dessus des eaux du chaos initial. C’est dans un buisson en feu mais ne se consumant pas qu’il interpelle Moïse.
    Pendant la longue marche de l’exode, Il conduit son peuple grâce à une nuée ou une colonne de feu. C’est par un souffle doux et léger qu’Il se manifeste dans le Nouveau Testament (ceci est partiel.).
    Mais Dieu utilise de préférence les hommes, nous pensons aux patriarches, aux prophètes, puis aux apôtres…
    Le dernier prophète c’est Jean – fils de Zacharie et Elisabeth – de six mois l’aîné de Jésus, son cousin -. Il se définit ainsi : "Je suis la voix qui crie dans le désert aplanissez les chemins du Seigneur …"
    Un cri dans le désert ! Voici une manière originale de se faire entendre! – qui y-a-t-il de plus inutile et de plus inefficace et pourtant … dans le désert règne le silence, seul le bruit du vent sur les touffes d’épineux, seul le crissement des sauterelles au soleil…
    Ce silence de l’environnement engendre le silence du cœur et la paix intérieure qui semble préparer l’homme à recevoir une parole venue d’un autre, d’un Tout autre..
    Le cri de Jean le Baptiste dans le désert de Judée a été entendu au-delà des quelques mois de son ministère. Des foules venaient l’écouter, il disait "convertissez-vous – le royaume s’approche". Des foules de lecteurs des évangiles l’entendent encore parler de la part de Dieu quand ils éteignent l’ordinateur, la télé, la radio, le lecteur de CD, ferment le journal et font silence quelques instants devant Dieu.
    Faire silence, essayer de s’isoler dans un désert même virtuel, prendre quelques instants par jour pour écouter Dieu – alors le cri dans le désert poussé par Jean n’a pas été inutile et son écho résonnera dans nos cœurs et nous saurons comment à notre tour transmettre le Trésor qui nous vient d’en Haut.

    Antoinette Boonstra


    Une bien curieuse Eglise !

    Les textes de ce mois nous invitent à relire la première épître de Paul aux Corinthiens. Voici quelques éléments pour nous retremper dans l’ambiance de la cité de Corinthe.

    La ville antique était immense, ses murailles étaient huit fois plus longues que celles d’Athènes. Détruite en 146 avant JC et reconstruite par César un siècle plus tard, cette ville connut un essor considérable, grâce à sa situation géographique, au sud de l’isthme qui relie la Grèce continentale au Péloponnèse. Avec ses deux ports, ouvrant l’un sur la mer Egée et l’autre sur l’Adriatique, c’était une cité florissante, où le commerce était roi et où l’argent coulait  à flot. Elle était cosmopolite, car elle avait été peuplée d’affranchis et avait accueilli de nombreux Juifs expulsés de Rome, au lendemain de l’Edit de Claude (49).

    L’apôtre Paul venait de subir à Athènes un affront car  les intellectuels grecs l’avaient tourné en ridicule. Poussé par la nécessité de survivre, il se rendit à Corinthe vers 50-51 et trouva un  emploi de tisseur de tentes, travail qu’il avait autrefois exercé. Mais, quel revers pour  cet élève de Gamaliel, ce docteur de l’Eglise, ce grand missionnaire ! Paul logeait chez Aquilas et Priscilla, qui l’introduisirent  au sein de la synagogue pour y prêcher. Beaucoup de corinthiens adoptèrent la foi chrétienne et furent baptisés. Toutefois, cela ne fut pas sans mal ! L’apôtre fut même traîné en justice devant le proconsul Gallion, qui ne retint aucun chef d’accusation et le renvoya libre. Après dix-huit mois passés à Corinthe, Paul quitta la ville  en laissant une communauté bien organisée, comptant quelques personnes de qualité, tel Eraste, magistrat municipal dont le nom est inscrit sur un dallage près du théâtre.

    Quelques temps après, l’apôtre apprit que de graves problèmes avaient surgi dans la communauté de Corinthe. Une drôle d’Eglise où sévissaient les divisions, les jalousies, les disputes, avec de non moins curieux paroissiens, cédant à la corruption  ambiante et provoquant même des scandales ! De quoi  décourager le pasteur le plus optimiste !  Dans la première épître aux Corinthiens écrite d’Ephèse, Paul répond, avec une plume trempée dans le vinaigre, aux interrogations des chrétiens concernant des problèmes précis : les divisions, le rôle des responsables, la place des femmes, le célibat, le repas du Seigneur, les charismatiques, la foi en la résurrection. Soulignons au passage que ces questions éthiques et théologiques n’ont rien perdu de leur actualité !
     
    Cette épître reflète donc la fragilité d’une communauté chrétienne, insérée dans une culture païenne. N’est-il pas difficile, aujourd’hui,  de vivre sa foi dans une société sécularisée ? Toutefois, au sein de cette lettre pessimiste sur la nature humaine, culmine une des pages les plus admirables de la Bible : l’hymne à l’Amour, Amour  du Christ qui efface et recrée tout. Et c’est peut-être grâce à  cet Amour que  les difficultés de la communauté furent surmontées. Les ruines d’une basilique découverte près du rivage, pouvant contenir environ cinq mille personnes,  témoignent de la vitalité de l’Eglise aux IV° et V° siècles de notre ère.
     
    En ce début d’année, ne nous laissons pas décourager par  la morosité de la vie ambiante  mais demandons à Jésus-Christ de répandre son Amour dans nos cœurs, cet Amour qui "…croit tout, espère tout, supporte tout"! (1 Cor 13, 7)

    Denise Chong




     
    © Eglise Réformée de Rueil et de Nanterre



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