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Le Mot du Pasteur Patrick Chong


  • Au revoir
  • Désormais, vous serez des pêcheurs d'hommes
  • Unr étoile a brillé...
  • Réflexion sémantique sur la Réforme
  • La plus grande pérégrination
  • La Fête de Pentecôte
  • Communiquer, c'est avant tout faire parler son coeur ...
  • Non assistance à une foi incertaine ...
  • Père unis nous tous
  • Matthieu 14
  • Pâques : la croix glorieuse
  • Autres Méditations du Pasteur Chong
  • Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive…
  • Février : le mois de l'Information
  • Souffrance, bonheur, malheur ...
  • La rentrée
  • Cherche ton chant profond, il est au coeur de toi
  • La Bible au féminin
  • Noël, une fête de toujours
  • Faire mémoire
  • Un temps de repos pour l'Eternel
  • La Loi et l'Esprit
  • Marc 16.15

  • Au revoir

    Voilà !  La page se tourne pour ma famille et moi-même. Cependant, avant de quitter la paroisse, je tiens à vous remercier sincèrement pour tous les bons moments passés ensemble, sous le regard de notre Seigneur.
     
    Merci pour votre amitié, votre soutien, votre engagement.
     
    Bien sûr, toute rupture est difficile à vivre. On rêve plus volontiers de retour que de départ. Il nous faut quitter des amis avec lesquels nous avons cheminé pendant plusieurs années. Heureusement, on emmène avec soi les bons souvenirs.
     
    Toutefois, si les pasteurs passent, la paroisse demeure. Je vous souhaite plein de bonnes choses, sous la houlette du Seigneur. Je sais que vous poursuivrez l’œuvre d’édification du Corps du Christ. La tâche est vaste, mais grâce à l’Esprit Saint, l’Eglise continue sur sa lancée depuis plus de deux mille ans.
     
    Que Dieu vous bénisse !
     
    Sincèrement.

    Pasteur Patrick CHONG.


    Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive…

    Jean 7 v.37

    Cet appel n’est pas réservé aux mystiques. Il n’est certainement pas un homme, depuis les temps les plus reculés, qui n’ait éprouvé, un jour, cette soif. Celle d’abord de vivre, au lieu, comme la pierre d’exister. Victor Hugo n’écrivait-il pas : « Le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre ! » Soif de ressentir en soi ce mouvement, comme d’une eau recommençant à frémir sous la glace, qui est la marque que la vie a trouvé son sens, son ordre, sa joie. C’est d’ailleurs cette image que Jésus emploie.
     
    La vie ne s’enseigne pas, nous savons qu’elle se reçoit d’une autre vie, et se transmet ainsi. Le Christ nous donne cette vie. Toutefois nous ne la gardons en nous que dans la mesure où nous la donnons ! Partager, témoigner, tel est l’ordre de Jésus à ses disciples. Certes le témoignage n’est pas toujours évident. Mais dans une société où l’on parle constamment d’un besoin de réformes, de changement, nous sommes appelés, chrétiens, à un renouvellement de notre intelligence, comme le souligne le Nouveau Testament. Changer les structures est parfois nécessaire, changer l’homme est indispensable. Seul l’Esprit de Dieu peut faire de nous des hommes et des femmes nouveaux, redécouvrant le sens profond de notre existence. Que Dieu nous soit en aide…
     
    Pasteur Patrick CHONG


    Désormais, vous serez des pêcheurs d'hommes

    Il existe bien un particularisme français en matière de sécularisation (ou recul du religieux). Danièle Hervieu-Léger, sociologue des religions, précise dans l’un de ses ouvrages que la pratique religieuse des Européens est faible, voire très faible dans les pays scandinaves ou en France. Un exemple concernant les convictions : les Français sont 20 % à déclarer une foi en un Dieu personnel (proche du Dieu de la Bible). En comparaison, les Américains, qui répondent favorablement à la même question, atteignent les 69 % ! Cette prise de distance par rapport au fait chrétien est avérée par le recul des pratiques religieuses en France, par la distance prise avec les normes morales ou les croyances des Eglises et par une revendication croissante à l’autonomie des comportements.
     
    Les spécialistes des religions concluent à un éclatement des modèles institutionnels, à un foisonnement des propositions de « sens » sur un « marché » devenu délirant où la magie, le satanisme et les sectes ne sont pas absents ! N’est-ce pas une évolution qui interroge non seulement toute notre société mais les croyants que nous sommes ? Il est sage de souligner que la crise de la foi chrétienne n’est que le reflet d’une crise plus large de la culture et de la modernité.
    Bon nombre de modèles d’autorité sont aujourd’hui contestés. L’école et la famille (thème du synode ERF 2007) connaissent les mêmes ruptures dans les modes de transmission des savoirs et des valeurs. Par ailleurs, les partis, les syndicats et les associations subissent aussi une désaffection militante. Enfin, les couples traversent la même crise de fidélité aux engagements ! Il est clair que le recul des pratiques religieuses exprime la fin d’un certain type de structuration ecclésiale de l’espace et du temps (voir dans l’hebdomadaire « Réforme » la réflexion de Brian Mac Laren à l’ERF du Luxembourg le 21 janvier dernier).
     
    Mais refusons toute attitude nostalgique ! La foi chrétienne n’a pas d’avenir si elle apparaît comme un système fermé. En revanche, elle peut toujours se faire entendre dans la société moderne si elle redevient un laboratoire pour des engagements personnels et communautaires, si les chrétiens s’approprient à nouveau cet appel du Christ : « Vous serez, désormais, des pêcheurs d’hommes » (Luc 5).
     
    Au 21ème siècle comme au 1er, le Christ arpente toujours nos rivages et nos chemins. Comme nous le chantons souvent le dimanche, « Il est là au cœur de nos vies » ; Il se mêle à la foule, entre dans les maisons et fréquente les lieux de travail. A temps et à contretemps, inlassablement, Jésus annonce et propose cette bonne nouvelle de justice, de conversion et de libération.
     
    Les « pêcheurs d’hommes » que nous sommes, selon l’expression évangélique, sont des libérateurs de prisonniers de l’obscurité, sauveurs d’hommes pour ceux qui sont écrasés par l’injustice ou submergés par les épreuves de la vie. La foi chrétienne doit demeurer aussi cette instance critique par rapport aux anomalies de notre société. C’est dans ces abîmes sans lumière, dans ces prisons sans barreaux que le filet libérateur du Christ fait des miracles aujourd’hui encore.
     
    Pasteur Patrick CHONG


    Février : le mois de l'Information

    Le mois de février représente, depuis plusieurs années, pour la Fédération protestante de France, le mois dédié à l’information et à la communication. Mais s’informer et communiquer n’est pas une simple distraction. Quel journaliste ou quel observateur attentif n’a pas connu le sentiment de découragement devant la complexité des situations et le caractère opaque de l’actualité.
     
    Je sais que les philosophes et les poètes ont trouvé les mots pour dire que nous sommes dans un monde obscur et parfois hermétique, difficile à comprendre, dont on remonte le rocher, sans cesse vers le sommet, dont on retisse sans cesse la toile, dont on remplit sans cesse le tonneau, sans que jamais l’histoire ne s’apaise !
     
     
    Les situations politiques et internationales sont aujourd’hui innombrables, d’autant que les grands moyens de communication nous les rendent présentes à chaque instant. Aujourd’hui, nous dit l’apôtre Paul, dans l’épître aux Corinthiens : « nous voyons comme dans un miroir », c’est-à-dire comme ces miroirs métalliques du monde antique sur lesquels la surface n’était pas très claire et la vision troublée. Ainsi nos visions sont-elles, aujourd’hui, trop rapides parce que vécues souvent en direct.
     
    S’informer n’est pas un passe temps car cela implique souvent de se battre contre l’opacité et l’émotivité qui n’est pas toujours bonne conseillère. En fait, il semble que la remarque du Pr. Dagens est d’une grande justesse : « La démocratie et la laïcité, pour demeurer vivante, ont besoin d’un climat spirituel dont le christianisme est l’une des composantes essentielles. »  A vrai dire, nous ne ferons jamais l’économie du Sens de la vie que la Foi éclaire…
     
    Pasteur Patrick CHONG


    Unr étoile a brillé...

    Notre culture ne connaît pas de centre organisateur. Le monde « prolifère » autour de nous : telle est l’impression dominante qu’il nous procure. Cette impression est d’autant plus forte que la culture de masse passe par la télévision. Au contraire du langage qui, lui, implique un cheminement progressif et donc un étalement sur la durée, les images qui défilent sur notre écran de télévision se succèdent par bonds et saccades. Ce sont des juxtapositions d’instants. Le monde s’offre à nous comme les images du kaléidoscope : des perspectives variées et toujours nouvelles se présentent à nous, sans qu’il soit possible d’établir entre elles d’autres liens que ceux de la juxtaposition. Ainsi nos contemporains se trouvent-ils de plus en plus désorientés dans le monde où il leur faut vivre.
     
    Il semble que ce soit précisément un trait majeur de notre société que cette perte d’un lieu de référence. En réalité, nous avons tous besoin d’une boussole et de repères sur notre route. Quand on est en mer,  chacun sait que l’étoile polaire permet de vérifier les erreurs du compas de route. Toute étoile connue permet alors de faire le point, même et surtout la nuit venue ! En ce temps de l’Avent nous proclamons, chrétiens, que notre étoile polaire, c’est Jésus-Christ.  Embarqués sur l’océan de la vie, exposés parfois aux tempêtes inattendues, nous gardons notre Espérance à cause du Christ.
     
    C’est pourquoi il convient de dire et de redire, en ce temps de l’Avent, qu’une étoile a brillé dans l’Histoire des hommes. Notre vie n’est plus encadrée par deux éternités de néants. Jésus-Christ demeure ce chemin, cette vérité et cette vie dont l’humanité, privée de repères essentiels, a tant besoin.
     
    Pasteur Patrick Chong


    Souffrance, bonheur, malheur ...

    Dans un livre paru chez Grasset en l’an 2000, L’euphorie perpétuelle, l’essayiste et romancier Pascal Bruckner affirme qu’un nouveau stupéfiant collectif envahit les sociétés occidentales : le culte du bonheur. Aujourd’hui, il est "ringard" d’être malheureux. Nous avons le devoir d’être heureux. Et l’auteur de souligner : "Par devoir de bonheur, j’entends cette idéologie propre à la seconde moitié du XX° siècle et qui pousse à tout évaluer sous l’angle du plaisir et du désagrément, cette assignation à l’euphorie qui rejette dans la honte ou le malaise ceux qui n’y souscrivent pas."
     
    Cette idéologie devient, en quelque sorte, comme "le nouvel ordre moral" : achetons, consommons, laissons-nous aller à nos pulsions et nous serons heureux. Le malheur et la souffrance sont, quant à eux, mis hors la loi, occultés, au risque, bien sûr, de resurgir à tout moment, comme une maladie honteuse. Nous constituons probablement les premières sociétés dans l’histoire à rendre les gens malheureux de ne pas être heureux. Oui, mais comment puis-je trouver le chemin du vrai bonheur ? Ai-je vraiment le droit d’être heureux ? Et la foi dans tout cela ? Il est peut-être intéressant de noter que le mot "bonheur" n’existe pas en hébreu biblique. La Bible préfère parler de "vie" et de "joie". Le Nouveau Testament utilise le terme de "béatitude".
     
    Evidemment, il ne faut pas faire une lecture biaisée de cette charte du Royaume de l’évangile de Matthieu au chapitre 5. En lisant ce texte, on a trop souvent oublié que les pauvres sont déclarés heureux, non pas parce qu’ils sont pauvres, mais parce que "le Royaume des cieux est à eux". Le Dieu de la Bible veut notre bonheur : "Je mets devant toi la mort et la vie, choisis donc la vie" (Deut 30). En réalité, le bonheur n’est pas seulement le bien-être ou la sécurité matérielle, mais advient sans doute au terme d’un discernement pour reconnaître ce qui est essentiel dans la vie. C’est pour cela que la pensée chrétienne préfère le mot de "salut" à celui de "bonheur". En un mot, l’Evangile n’est pas une morale du bonheur, c’est avant tout la proposition du salut en Jésus-Christ. Ajoutons que L’évangile ne nous préserve pas de la souffrance, il nous préserve du malheur. C’est-à-dire de ce mal-être essentiel, celui de ne pas pouvoir assumer sa propre existence, celui qui vient du sentiment de mener une vie ratée et de la conviction qu’il n’y a plus rien à faire. En cheminant avec Jésus-Christ, nous apprenons qu’il n’y a pas de vie condamnée. A nous de nourrir notre vie de Sa lumière.
     
    Pasteur Patrick Chong


    Réflexion sémantique sur la Réforme

    Le terme de "protestant", comme celui de "réformé", pourrait évoquer une attitude de protestation négative, à tout le moins séparatiste. Mais vous le savez, les mots se déforment de leur sens originel, pour ne citer que le mot bien connu de "contestation", qui signifiait initialement la prise en compte d’un témoin commun et qui est souvent devenu au contraire, le refus d’une commune appartenance.
     
    Ce mot "protestant" vient du latin "protestari", qui veut dire "témoigner devant", "attester", "affirmer", "protester de". Au début de la Réforme, dans les années 1520, les  partisans des Réformateurs ne portaient pas d’autres noms que ceux que l’opinion publique leur donnait : "Luthériens", "Bibliens" ou "Evangéliques". Ce n’est qu’à la suite de la Diète de Spire, en 1529, que le terme "protestant" fit son apparition.
     
    De quoi donc protestaient ces chrétiens ? Ils "protestaient" que la Grâce de Dieu sauve et libère l’homme. N’est-il pas vrai que les déterminations de l’homme deviennent des déterminismes quand la Parole de Dieu n’est pas là pour nous sortir de nos répétitions ? La liberté de l’homme devient errance quand cette liberté n’est pas réponse à l’exigence évangélique.
     
    La foi chrétienne, dans la confession protestante, se définirait comme la venue d’une Parole externe et la naissance d’une exigence interne, qui correspondent l’une et l’autre au besoin moderne de se désenfermer de la clôture, sans se noyer dans l’ouverture. Car, une minorité comme le protestantisme français court toujours le risque, soit de se diluer, soit de se barricader. Ou  le protestantisme s’ouvre tellement qu’il n’incarne plus aucune spécificité vivante et intéressante, ou il célèbre par trop ses racines en oubliant que l’esprit de famille peut tourner au ghetto, voire au folklore.
     
    Ainsi, la mission  du protestantisme repose-t-elle avant tout sur une annonce de l’Evangile, qui n’est pas forcément reflet des valeurs de  la société, tant il est vrai qu’être chrétien aujourd’hui,  conduit parfois à vivre à contre-courant. Que Dieu nous soit en aide pour relever ce défi !
     
    Pasteur Patrick Chong
     


    La rentrée

    Le mois de septembre est une période de transition, un moment un peu mélancolique qui annonce l'automne. Nos occupations estivales n'ont pas été des parenthèses dans nos vies, puisqu'elles nous ont apporté repos et ressourcement. Pas de place donc ici pour une nostalgie déstabilisante ! Remplis de souvenirs, de rencontres chaleureuses, de temps pour Dieu et pour les autres, nous avons fait le plein d’énergie pour aller plus loin sur la voie de l’espérance.
     
    Septembre pour beaucoup, c’est la reprise du travail ou le retour à l’école. Aussi pour mieux vivre ce temps de passage, ce temps de transition, la parole de l’apôtre Paul aux Colossiens me revient à l’esprit : « Vivez dans l’action de grâce. Que la Parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse… Par des psaumes, des hymnes et des louanges, chantez à dieu votre reconnaissance ». Sommes-nous capables de nous laisser interpeller par ces paroles bibliques ?
     
    Le Christ est là pour donner sens et joie à cette rentrée, malgré tous « les malgré » que nous opposons parfois à son message. Que notre service pour Dieu s’enracine dans une vie de prière personnelle et communautaire ! Alors l’Esprit du Christ sera à l’œuvre, en dépit de nos faiblesses et de nos limites.
     
    Bonne rentrée pour chacun et que Dieu nous soit en aide !
     
    Pasteur Patrick Chong


    La plus grande pérégrination

    Dans l’Empire du Milieu, des fidèles religieux escaladent une montagne sacrée nommée « Taishan ». Ils doivent monter 7 000 marches avant d’atteindre le sommet. Après avoir franchi la « porte du milieu », puis « la porte sud du ciel », ils arrivent alors à l’un des plus beaux édifices de toute la Chine, le temple du Nuage azuré. C’est là que les adorateurs offrent des sacrifices en espérant gagner ainsi la faveur de Dieu. De tels efforts traduisent une grande ferveur religieuse. Mais, cela se concrétise par un cheminement de bas en haut.
     
    Dans la perspective chrétienne, le mouvement est inversé. Comme  l’affirme l’apôtre Paul aux chrétiens des premiers siècles, dans un texte bien connu surnommé la « kénose » : Jésus-Christ n’a point regardé son égalité avec Dieu comme une proie à arracher, mais il s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et il a paru comme un vrai homme. Il s’est humilié lui-même…  (Philip 2)  L’effort premier de Dieu est donc de descendre pour que nous puissions monter. La plus grande pérégrination de l’Histoire n’est pas accomplie par l’homme, mais par le Christ et cela dans l’espace/temps.
     
    La théologienne France Quéré a écrit dans son ouvrage « Le sel et le vent » : Jésus vient en Sauveur, au grand sens oublié que lui donnent les textes primitifs, pour consoler notre finitude en la portant avec nous, pour transfigurer de sa Grâce notre condition charnelle et pour nous donner de nous voir comme lui- même nous a vus, avec un visage qui devient la forme humaine de l’absolu… » Ainsi, cette faveur tant recherchée par les fidèles du « Taishan » est offerte et c’est Dieu qui en prend l’initiative ! A nous ensuite de franchir des sommets de foi, sans oublier de bâtir des ponts entre les hommes.

    Pasteur Patrick Chong


    Cherche ton chant profond, il est au coeur de toi

    Il parait que les fleurs cueillies sur les montagnes de Taiwan en Asie dégagent des parfums sublimes. Mais pour obtenir ces parfums, les ouvriers doivent ramasser ces fleurs pendant la partie la plus sombre de la nuit. Ils se mettent donc au travail peu après minuit et terminent leur cueillette en moins de deux heures ; en effet, quarante pour cent de l’arôme se dissipe avec la venue du jour.
     
    Cette petite anecdote me fait penser à la condition humaine et au cheminement du croyant. Les hommes trouvent parfois leur communion et leurs expériences spirituelles les plus profitables dans les sombres moments de l’adversité. Il est facile et naturel de chanter pendant le jour, quand le soleil brille et que tout va bien. Mais pour que s’élève en nos cœurs une lueur d’espérance dans les heures solitaires de l’angoisse, de la maladie et de l’épreuve, il faut que Dieu, lui-même, fasse naître en nous un hymne de sa Grâce.
     
    Il peut arriver à notre foi d’être fatiguée, à trop ramer face aux vents contraires. Nous pouvons même croire que la nuit ne finira pas. Dans ces moments de lassitude, nous avons besoin de nous ressourcer dans la confiance et de nous réinscrire dans l’espérance de Jésus-Christ. Alors cherchons ce chant profond, il est unique au monde ; trouvons ce chant au plus profond de nous-mêmes.
     
    Comme l’écrit Mylène Alause :
    Lance ton chant profond pour que d’autres l’entonnent,
    Lance ton chant profond, il rejoint d’autres voix.
    Car c’est le chant profond que Jésus en personne
    Te murmure tout bas pour construire avec toi.
     
    Pasteur Patrick Chong
     


    La Fête de Pentecôte

    Le mot "Pentecôte" vient du grec, il signifie que la fête se célèbre "cinquante" jours après Pâques. Nos amis juifs la nomment "chavouoth", la fête des semaines (Ex 34, 22 ), car on en fixait la date sept semaines après l’offrande de la première gerbe d’orge au lendemain du sabbat de la Pâque.  Comme les autres fêtes anciennes et la Pâque, la Pentecôte fut à l’origine une fête agraire : celle des prémices de la moisson. Dans la joie, on offrait les premières gerbes de la récolte.
     
    Plus tardivement, on rattacha à la Pentecôte le souvenir de l’Alliance et du don de la "Torah", la Loi révélée à Moïse sur le mont Sinaï. Libéré de l’esclavage, instruit par le Seigneur lui-même, le peuple de Dieu allait porter du fruit pour une moisson nouvelle ! Ainsi, de la fête juive à la fête chrétienne, il n’y a qu’un pas à franchir. Associée à la mort et à la résurrection de Jésus-Christ, libérée de l’esclavage du péché, l’Eglise naissante reçoit le don de l’Esprit Saint, Alliance nouvelle (Jérémie 31, 31), afin de porter du fruit dans le monde entier.
     
    Il est donc hautement significatif que l’événement qui marque le point de départ de la mission de l’Eglise, peuple de l’Alliance nouvelle, ait été situé à cette date ! "Mission", "mission", ces deux termes qui expriment si bien le temps de Pentecôte, interrogent aujourd’hui encore notre conscience chrétienne puisqu’ils nous parlent de la dimension missionnaire de toute Eglise…
     
    Pasteur Patrick Chong


    La Bible au féminin

    Dans le cadre de nos activités au sein de l’Association « Bible à Rueil », une conférence inaugurale est prévue le jeudi 7 avril, à la médiathèque de Rueil-Malmaison, lors du vernissage de l’exposition - « La Bible au féminin : Sarah, Esther, Léa, Marie… et les autres ». C’est l’occasion de nous arrêter un moment sur les premiers versets de l’évangéliste Matthieu.
     
    Cet Evangile s’ouvre sur la généalogie de Jésus, généalogie qui inclut cinq figures féminines. Dans cette énumération des ancêtres du Christ, dans laquelle la filiation s’établit par les hommes, on est surpris de trouver cinq femmes. Et pas n’importe quelles femmes ! On se serait attendu à trouver des matriarches dont l’histoire a traversé le temps, telles Sara et Rebecca. Or, pour quatre d’entre elles, rien de tel !
     
    Il s’agit de Thamar, Rahab, Ruth, la femme d’Urie (Bethsabée), et enfin Marie, la mère de Jésus. Si Marie a une place ô combien légitime dans la généalogie et constitue une figure admirable de foi et d’humilité, on peut s’interroger sur la mention des quatre premières femmes, toutes d’origine étrangère, et dont la vie n’a pas répondu aux critères moraux et culturels du peuple hébreu !
     
    Pourquoi l’évangéliste Matthieu a-t-il pris soin de mentionner précisément ces quatre femmes? En fait, en les insérant dans la généalogie de Jésus, il semble avoir poursuivi un double objectif.
    D’une part, ces quatre femmes n’appartenaient pas au peuple hébreu. Thamar et Rahab étaient cananéennes, Ruth, moabite, et Bethsabée était probablement une Hittite. Ainsi, dès le début de l’évangile de Matthieu, germe l’idée que Dieu, en Jésus-Christ, se fraye un chemin vers les païens. Les racines juives  du Christ sont élargies aux dimensions de l’humanité. Ainsi, la lignée de Jésus  s’ouvre à l’universalisme ! N’est-ce pas aujourd’hui la vocation de l’Eglise ?
     
    D’autre part, ces quatre femmes ont enfanté dans des conditions illicites. Thamar a usé d’un stratagème douteux pour obtenir une descendance de son beau-père. Rahab était une pécheresse notoire. Ruth appartenait à une nation réprouvée, avec laquelle un Hébreu ne devait pas se marier. Quant à la femme d’Urie, la belle Bethsabée, son union avec David a été entachée de sang. Ces quatre femmes ont donc emprunté des chemins tortueux pour donner naissance aux ancêtres du Christ. Mais c’est au sein de cette humanité où se sont côtoyés la vertu et le péché, les fidélités et les trahisons que le Christ a tissé ses racines. Dieu a utilisé les voies humaines pour accomplir ses desseins et a rendu droits les chemins sinueux. Cette lignée de Jésus s’ouvre à la Grâce ! Quelle belle leçon d’espérance recevons-nous à travers ces premiers versets de l’Evangéliste Matthieu.
     
    Cela confirme bien les paroles de Dostoïevski dans « Les frères Karamazov » : L’homme ne peut pas commettre de péché capable d’épuiser l’Amour infini de Dieu. Crois que Dieu t’aime comme tu ne peux te le figurer, qu’Il t’aime dans ton péché et avec ton péché… 
    Que le Seigneur nous fasse la grâce de traverser le temps présent, sans perdre de vue l’Eternité !
     
    Pasteur Patrick Chong
     


    Communiquer, c'est avant tout faire parler son coeur ...

    Peut-être existe-t-il des gens qui n’ont jamais connu l’affliction ou le malheur. Pourtant, comme le fait remarquer le philosophe Alain, « Il n’est pas difficile d’être malheureux. Il est toujours difficile d’être heureux. C’est un combat contre beaucoup d’événements et beaucoup d’hommes. » Et ce philosophe renchérit : « Il faut vouloir son bonheur et le faire ».
     
    Néanmoins, pour la plupart des êtres humains, la maladie, qu’elle soit physique, mentale ou émotionnelle, s’est tôt ou tard taillée une place de choix dans leur vie. La réaction naturelle, légitime et appropriée est de chercher à en être débarrassé. Cependant, le Dieu de la Révélation biblique ne nous garantit  aucunement une vie à l’abri de toute maladie ou infirmité. Il ne nous assure pas non plus que toutes les prières d’intercession pour la guérison seront exaucées bien qu’à Dieu, rien ne soit impossible. L’épreuve dans notre vie peut même se révéler être une preuve de notre Espérance. Le Christ, qui dans l’Evangile a guéri nombre de malades, nous interpelle  d’abord sur notre santé spirituelle parce qu’Il sait (pour reprendre cette phrase d’Epictète) que « ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas d’abord les choses ou les événements mais les jugements qu’ils portent sur ces choses et ces événements ». Et cela dépend de notre regard intérieur.
     
    Il me revient à l’esprit l’histoire de Stephen Hawking, né en 1942 à Oxford. A l’âge de vingt ans, il était atteint d’une maladie incurable, une sclérose amyotrophique latérale. A l’époque, on lui laissait peu de temps à vivre. Même si les béquilles sur lesquelles il clopinait l’empêchaient d’être physiquement actif, il excellait dans ses études à l’Université. Un jour,  un ami lui  demanda la raison de son handicap: « c’est à cause d’une sclérose», répondit-il. Cet ami lui rétorqua : « Avec tant de problèmes, comment fais-tu pour ne pas être rempli d’amertume et de ressentiment ? » En se tapotant doucement la poitrine de la main, le jeune handicapé répondit en souriant : « mais cela n’a pas attaqué mon cœur » !
     
    Stephen Hawking est aujourd’hui universellement reconnu comme l’un des plus grands cosmologistes et physiciens de notre époque.  Il est la preuve vivante que l’être humain ne se réduit et ne se réduira jamais à ce que nous voyons ou croyons voir. Il est toujours infiniment plus grand, plus profond que nos jugements parfois étroits ne peuvent le dire, surtout  si cet être humain laisse parler son cœur. Comme l’affirme Jésus-Christ dans l’Evangile de Luc : « c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle.»
     
    Pasteur Patrick CHONG


    Noël, une fête de toujours

    Dès le mois de novembre, la publicité, les supermarchés et les devantures des magasins  cherchent à attirer les consommateurs, qui s’affairent pour dénicher des cadeaux originaux, pour décorer avec goût leur intérieur, et composer un succulent repas de fête. Il suffit d’évoquer Noël pour que surgissent chez la plupart d’entre nous des images de bonheur, car ce jour offre souvent l’occasion de se réunir en famille. Noël, depuis des générations, semble être une fête d’éternité, une fête de toujours.
     
    Le mot « Noël », qui ne figure nulle part dans les Evangiles, n’apparaît dans la langue française qu’en 1175. Il vient de l’expression latine, « Dies natalis », qui désignait le jour où les chrétiens célébraient la naissance du Christ. Mais au fait, quand Jésus est-il né ?
     
    Ce n’est qu’au VI° siècle qu’un moine vivant à Rome, Denys le Petit, a fixé la naissance de Jésus en l’an 753 de la fondation de Rome et a ainsi déterminé le début de l’ère chrétienne, à la suite de savants calculs dont nous ignorons le détail. En réalité, on fait généralement remonter la date de la naissance de Jésus un peu avant la fin du règne d’Hérode, puisque l’Evangile de Matthieu nous dit qu’Hérode était encore en vie au moment de la fuite en Egypte, lorsque Jésus avait un an ou deux. Le Christ serait donc né entre - 6 et - 4 avant notre ère.
     
    Quant au jour lui-même, on s’en est tenu d’abord à celui de la fête de l’épiphanie, le 6 janvier. La date traditionnelle du 25 Décembre ne fut adoptée en Occident qu’au milieu du IV° siècle. L’Eglise chrétienne a sans doute fixé la fête de la naissance du Messie, le « Soleil de Justice », le jour du solstice d’hiver, pour supplanter la fête païenne du « Soleil invaincu », célébrée par les adorateurs de Mithra.
     
    Mais, l’essentiel pour nous chrétiens est de reconnaître que l’espérance et la lumière de Jésus-Christ luisent, non pas au-dessus de notre nuit, mais dans notre nuit. Comme l’écrit si bien le pasteur Marc Chambron : « Depuis le début du monde, Dieu nous écrivait une longue lettre d’amour et aujourd’hui, il y met sa signature ; et son nom pour nous, c’est Jésus.»

    Pasteur Patrick CHONG


    Non assistance à une foi incertaine ...

    Tout homme est poussé par l’impétueux désir de « comprendre » sa propre vie, ses amis, son entourage, l’univers qui l’environne ; de les comprendre non pas superficiellement mais d’en connaître le sens ultime. Toutefois, l’homme contemporain est chaque jour assailli de tant de devoirs, d’exigences et d’impressions qu’il est constamment en danger d’oublier la profondeur et l’unité de son existence. En réalité, nous ne sommes plus capables de nous concentrer sur l’essentiel de notre vie.
     
    L’agitation quotidienne a effacé Dieu. L’homme d’aujourd’hui n’ose souvent plus prononcer ce mot dans ses relations sociales. Si de nos jours quelqu’un trouve Dieu, il lui faut se libérer de haute lutte contre beaucoup d’a priori, il lui faut en quelque sorte « déterrer » Dieu du sol de ses propres expériences. Et le pasteur, que je suis, est toujours étonné de voir avec quelle légèreté parfois, on déclare avoir perdu la foi ou constaté la mort de ses convictions religieuses et en fin de compte ne plus croire en Dieu !
     
    De même que Jésus-Christ s’est opposé à l’ensevelissement d’une jeune fille en disant à sa famille éplorée : « Elle n’est pas morte, mais elle dort ! », de même nous nous refusons catégoriquement à limiter le rôle de l’Eglise au constat du décès de la foi de nombre de nos contemporains ! L’Eglise du Christ vivant n’est pas là pour l’admettre car la foi n’est pas morte, mais elle dort chez beaucoup d’humains. La vocation de tout disciple de Jésus-Christ est aujourd’hui de dénoncer les inhumations clandestines de la foi, les exécutions sommaires, la non-assistance à une foi incertaine ; une foi troublée, certes, vacillante sans doute, mais pas morte !
     
    Dieu, dont il est dit dans le prophète Esaïe « qu’il n’éteint point le lumignon qui fume encore », ne saurait tolérer de la part des croyants qu’ils assistent sans rien faire, sans rien dire à de telles pratiques contemporaines. Il est des protestations intérieures, soyons-en convaincus, qui mettent en fuite les croquemorts de la foi que sont les malentendus, les faux problèmes, les incompréhensions et les rancunes. Les chrétiens ne croient pas une minute être meilleurs que les autres et avoir le droit de faire la morale à qui que ce soit. Mais nous croyons que le Seigneur Jésus-Christ, lui-même, refuse le permis d’inhumer de notre espérance.
     
    Nous croyons que sa puissance et son amour sont capables de ressusciter des morts et peuvent ranimer et revigorer une foi dont nous sommes certains qu’Il ne tolérera jamais la mort. Toute la question de notre époque est peut-être de savoir si le goût de la vie et la quête de la vérité réussissent à tordre le cou à la mélancolie, l’égoïsme et la fascination de l’automne. Au fond de l’obscurité, la flamme peut rejaillir !
     
    Pasteur Patrick CHONG


    Faire mémoire

    A l’ombre des chênes et des châtaigniers s’est tenue cette année encore la traditionnelle "Assemblée du Désert". Le 5 septembre, près de 12 000 protestants se sont réunis au Mas Soubeyran, petit hameau cévenol situé sur la commune de Mialet. Cette assemblée 2004 a commémoré le tricentenaire de la fin de la guerre des Camisards. C’est en effet en 1704 que ce mouvement populaire et paysan s’est éteint à la suite de la disparition de ses chefs.
     
    Les camisards, qui tiraient leur nom de leur  chemise blanche "camisa", étaient des protestants cévenols insurgés et persécutés par les dragons de Louis XIV, après la révocation de l’édit de Nantes en 1685. Attachés à leur foi et refusant de se résigner, ils choisirent la voie de la résistance pour défendre la liberté de conscience, résistance à ses débuts plus spirituelle que violente. Privés de leurs temples, les protestants se retrouvaient clandestinement dans les grottes, les ravins et les clairières pour célébrer leur culte.
     
    Comme le souligne le professeur Jean-Paul Willaime dans l’hebdomadaire Réforme (n° 3 093), les protestants aiment se rassembler et communier dans la mémoire de leurs ancêtres, l’affluence au Mas Soubeyran chaque premier dimanche de septembre en apporte la preuve ! Il est effectivement important pour les protestants de retrouver leurs racines et de s’approprier l’héritage de leurs aïeux. L’affirmation de sa propre identité n’est aucunement synonyme de repli communautaire. C’est  dans cet esprit que nous célébrons chaque année la fête de la Réformation, le dernier dimanche d’octobre.
     
    Mais il ne saurait être question de commémorer les hauts faits de ces ancêtres huguenots sans nous sentir interpellés. Dans son ouvrage Le sel et le vent, France Quéré affirme qu’une commémoration ne sert pas la gloire du combat si elle ne poursuit, par ses rites et son émotion, le sens de ce combat.
     
    Tout ce petit peuple nourri de la Bible a montré un bel exemple de courage et de foi, en dépit de la violence inéluctable due au contexte politique. Ces gens de condition modeste se sont inscrits dans la grande lignée des témoins, dont parle l’épître aux Hébreux : Quant à nous, nous sommes entourés de cette grande foule de témoins…  (Héb. 11 à 12, 1)
    A plus forte raison, nous qui vivons dans un pays où la liberté et la paix religieuses sont instituées, n’ayons pas peur de  rendre compte de notre foi, en alliant tolérance et conviction. Associons-nous à cette grande nuée de témoins, en entrant en résistance contre la perte du Sens dans notre société et en offrant des repères à ceux qui en cherchent, tant il est vrai que nul ne peut faire l’économie du sens de la vie.

    Que Dieu nous soit en aide !

    Pasteur Patrick Chong


    Père unis nous tous

    Le "lien social" dont parlent les politologues a été employé par Jean-Jacques Rousseau. Depuis, cette expression a fait fortune. On la trouve dans les discours et sous la plume de sociologues, de philosophes et de responsables politiques. On dit aussi "le tissu social". Dans l’un et l’autre cas, c’est avant tout pour déplorer une rupture ou une dégradation
     
    Le "tissu social" ne tiendrait qu’à un fil, au fil pas plus large que celle de la main tendue à une personne inquiète par exemple ou au fil effiloché comme les liens qu’on essaye de resserrer avec les plus démunis. On commence à comprendre qu’il y a là une des principales faiblesses de notre société et même, pour certains, un véritable danger pour la République, tant il est vrai que l’on s’enrichit, non pas en amassant des biens, mais en établissant des relations !
     
    Chacun rêve d’une nouvelle société, de changement de structures ou de changer de vie. Et c’est sans doute nécessaire. A condition toutefois que l’on parle aussi de changement du cœur de l’homme. Changer les structures est important, changer le cœur de l’homme est indispensable. Toutefois pour y parvenir, il ne suffit pas d’élaborer des plans, des programmes ; échafauder des projets ou émettre des décrets. Il faut, selon l’Evangile, un renouvellement de notre intelligence.
     
    Et cela, seul l’Esprit de Dieu peut faire de nous des hommes nouveaux, redécouvrant le sens profond de l’existence, la valeur de ce monde que nous avons à gérer pour le bien de tous, l’importance et la dignité de toute créature humaine. La révolution la plus importante est celle qui concerne l’homme !
     
    Les fondements de notre République : "Liberté, Egalité, et Fraternité" sont en réalité des valeurs chrétiennes et l’on pourrait donner un autre nom "au lien social", celui du respect, de la fraternité ou de l’amour.
     
    Qu’en cette Rentrée, Jésus-Christ nous aide à ne pas nous plonger dans "la paille" des mots en oubliant le "grain" des choses, qu’il nous rende solidaires en humilité pour que nous puissions étendre nos vies au-delà de nous mêmes et étirer notre cœur jusqu‘aux frontières où les hommes souffrent. Le "lien social", la solidarité peuvent devenir des noms nouveaux, des noms actuels pour cette fraternité à laquelle Dieu nous appelle sans cesse…..
     
    Pasteur Patrick CHONG


    Un temps de repos pour l'Eternel

    Rien de plus banal que de dire ou d'entendre dire : "Je n'ai pas le temps". C'est un slogan de notre époque, qualifiée pourtant d'époque de loisir, parce que nous vivons de plus en plus frénétiquement. Pour l'homme occidental, ce temps perdu existe pourtant. C'est le temps de notre vie que nous gaspillons parce nous n'en savons plus le sens.

    L'homme de la Bible avait du temps ; il en mettait même une partie de côté : c'est le repos pour l'Eternel, le jour du shabbat. Parler aujourd'hui de cette pratique de l'Ancien Testament fait démodé : cela ne peut guère intéresser que les amateurs d'archéologie ou de ce pittoresque que le touriste va dénicher chez les "Hassidim", ces juifs en papillotes, dans le quartier de Mea Shearim à Jérusalem.

    Ce repos pour l'Eternel ne peut-il donc en rien "concerner" l'homme du XXIe siècle qui se sent bien sûr libéré de préjugés dépassés ? Pourtant le chrétien de confession protestante qui a encore la fidélité de lire la Bible rencontre toujours le mot "shabbat" dans ce qu'il appelle la Parole de Dieu ! Alors qu'y a t-il derrière ce "repos pour l'Eternel" ? Une simple coutume juive rendue caduque par la Révélation de Jésus-Christ ?

    Ou bien cette coutume ne serait-elle pas le signe d'une vérité plus profonde, dont nous aurions un urgent besoin de retrouver le sens ? Comme l'écrivait St Augustin "derrière le shabbat charnel n'y a t-il pas un shabbat spirituel ?", car vous l'avez bien compris, à travers la question du "repos pour l'Eternel" se pose, pour l'homme d'aujourd'hui, la question du sens de sa vie ! Blaise Pascal avait raison de souligner que : "l'homme passe l'homme infiniment". Jean-Jacques Rousseau, lui-même, n'affirmait-il pas que : "notre vrai moi n'est pas tout entier en nous." En réalité, notre humanité n'a de valeur que comme expression de l'infini et je crois que ce temps de repos peut nous offrir l'occasion de comprendre que Jésus-Christ révèle à l'homme toute sa dimension.

    Nous sommes non seulement habités mais constitués par une aspiration vers ce que nous désignons, dans notre balbutiement, par les mots Equité, Solidarité, Bonheur, Amour. L'homme aspire en fait moins qu'il n'est aspiré ! Il est l'objet d'un appel d'air. Quelque chose en lui sait Dieu comme la boussole sait le pôle ! "Je suis venu, dit le Christ, pour allumer un feu sur la terre qui ne s'éteindra point".

    Voilà l'Espérance pour un monde sans finalité qui réclame un "supplément d'âme". Alors en ce temps de repos, accueillons au plus profond de nous-même cette source mystérieuse qui donne sens à notre vie…
     
    Pasteur Patrick CHONG


    Matthieu 14

    "Nous n'avons que cinq pains et deux poissons"…   (Matt 14)

    Quand une personne visite pour la première foi notre lieu de Culte, elle remarque d'emblée cette fresque biblique de Tabgha au-dessus de la Table de Communion. C'est la représentation d'une mosaïque du Ve siècle que l'on peut découvrir lors d'un voyage en Israël, sous le maître-autel de l'Eglise de la Multiplication des Pains, près du Lac de Galilée, non loin de Capharnaüm.

    Cette mosaïque biblique nous renvoie au texte évangélique de Matthieu, notamment. Il y est question de pénurie et d'abondance. "Renvoie donc la foule" ! Cette injonction des disciples est d'ailleurs bien intentionnée. Si la foule doit quitter Jésus, c'est parce que l'endroit où le Christ se trouve est un désert et que la pénurie y sévit. Nous sommes ici au cœur de l'expérience chrétienne et c'est une vieille histoire ! Au cours des siècles, dans notre propre vie peut-être, combien de fois n'avons-nous pas conseillé ou entendu conseiller une telle prudence ?

    Il faut bien suivre la logique humaine ! Comment pourrait-on ne pas s'inquiéter de voir une foule se rassembler dans un lieu désert, autour du Christ, là où nous pensons qu'elle ne sera pas nourrie ? Car il s'agit bel et bien d'un lieu désert avec ce que cela veut signifier. Ce rôle de "sage" continue d'être tenu par certains théologiens qui ont beaucoup de mal à se défaire de "la raison raisonnante", sans parler de concepteurs d'émissions bibliques sur notre cinquième chaîne nationale qui décident de nous parler de l'Eglise primitive en se privant d'emblée de toute ouverture vers le Mystère de la Foi.

    Ici nous voyons ce comportement de "bon sens" battu en brèche à deux reprises. D'abord parce que les foules suivent Jésus, "Lui qui n'a pas de lieu où reposer sa tête". Elles le suivent au désert sans provisions. Et ce miracle se reproduit de nos jours lorsqu'un homme ou une femme s'arme de la seule force de la Parole de Dieu ! Ensuite ceux qui, confiant en une parole du Christ, osent s'aventurer dans le désert au risque de mourir, trouvent en réalité dans cette Parole force et nourriture.

    Ce récit biblique ne nous entraîne pas hors du temps et de l'espace, loin de l'expérience humaine. L'aventure de la Foi continue avec Jésus-Christ. Des hommes, des femmes et des enfants, aujourd'hui encore, sont capables de se rassembler dans tous les déserts de notre monde, désert de sable ou de béton pourvu qu'on leur donne à entendre une Parole de vie, Parole qui nous invite à la confiance et au partage…


    Pasteur Patrick Chong


    La Loi et l'Esprit

    Le Pasteur étant en vacances, c'est Hélène qui nous à laissé ce petit mot à méditer.

    "Quand le jour de la Pentecôte arriva,
    ils se trouvaient réunis tous ensemble"
    (Actes 2,1).


    Rappelons-nous que Pentecôte était une fête juive, célébrée cinquante jours après Pâque, d'où son nom. A cette occasion, les Juifs montaient à Jérusalem et commémoraient le don de la Loi à Moïse sur le Mont Sinaï.

    Un grand vent se met à souffler dans la maison où se tiennent les disciples, et des langues de feu viennent se poser sur eux. Sans doute les disciples sont-ils alors effrayés devant ces phénomènes inexplicables. Le vent violent et le feu étaient souvent des symboles de destruction dans l'Ancien Testament, mais - accompagnés de l'Esprit, souffle de Dieu - ils deviennent des forces de vie.

    En écho à la Loi de Moïse, ciment de la vie sociale juive, voici qu'à la première Pentecôte chrétienne, l'Esprit dicte une nouvelle Loi. Cette nouvelle loi, qui n'abolit pas l'ancienne mais la complète, enjoint de rendre témoignage de Jésus mort sur la croix et ressuscité. De plus, cette nouvelle loi ne s'adresse plus au seul peuple juif, mais à tous : en effet ceux qui sont assemblés autour des disciples entendent le message de Pierre, chacun dans sa langue.

    - L'Esprit Saint vient comme un vent violent qui redynamise la loi de Moïse, qui bouscule nos vies, et nous met en mouvement pour témoigner de Jésus-Christ.

    - L'Esprit Saint vient comme un feu qui apporte la lumière pour illuminer la Parole divine, pour éclairer nos chemins et nous permettre de discerner la volonté de Dieu.

    - L'Esprit Saint vient repousser les frontières de l'incompréhension entre les hommes, il nous ouvre aux autres, nous pousse à leur parler, à partager avec eux, de quelque origine qu'ils soient.

    Dans notre monde encore et toujours en proie à la destruction, à la guerre, à la folie des hommes, que l'Esprit Saint se manifeste à nouveau pour mettre en mouvement les hommes de bonne volonté, pour éclairer les responsables, pour faire la place à la loi de Dieu (Tu ne tueras point), à son message d'amour universel, et à la Paix sur la terre !

    Hélène Haering

     


    Pâques : la croix glorieuse

    Le film de Mel Gibson, La passion du Christ, qui devrait sortir sur les écrans français courant avril, provoque déjà un vif débat. Il lui est reproché d’être à la limite de l’antisémitisme, à cause notamment de la présence de scènes dans la version originale qui n’ont aucune source évangélique (confection de la croix au sein même de l’assemblée du Sanhédrin…)
     
    Est-il nécessaire de rappeler que cette croix, un des plus ignobles supplices inventés par la barbarie humaine, dont les ressources paraissent hélas inépuisables (les événements tragiques de Madrid le confirment), correspond à un instrument de mort et de torture romain et non juif ? La preuve, c’est qu’il s’agit d’une mort à laquelle le titre de citoyen romain permettait d’échapper. Mais Jésus n’avait pas ce titre de noblesse séculier.
     
    Quoi qu’il en soit, pour nous chrétiens, il convient de parler de "croix glorieuse". Je le reconnais, les deux mots forment un contraste violent. D’un côté, la mort du supplicié et de l’autre l’accès à l’être même de Dieu et la participation à la splendeur de son existence, ce que signifie le mot gloire dans la tradition chrétienne. Toutefois, il arrive que nous fassions un peu vite de Pâques l’heureuse conclusion d’une histoire dramatique. Et le mystère pascal est alors interprété comme s’il s’agissait d’un retour cyclique de la vie après la mort, un peu comme le printemps succède à l’hiver.
     
    Du coup, il se produit un certain affadissement, une certaine banalisation autant de la mort de Jésus-Christ que de sa résurrection. Il nous faut donc bien considérer que, dans la pensée de Jésus, la mort acceptée et offerte est la condition de son accès à la gloire. Le Christ dit "qu’il faut que le Fils de l’homme livre sa vie." Nécessité qui est évidemment de l’ordre de l’Amour et qui n’a rien à voir avec une logique rationnelle. Il s’est fait en tout semblable à nous (excepté le péché).
     
    Sa souffrance et sa mort représentent l’ultime identification à la condition humaine. Affirmer, en tant que chrétiens, que le Christ est vraiment mort ne nous prépare que mieux à voir dans la résurrection autre chose que le simple "happy end" cher à nos amis anglo-saxons. Il ne s’agit évidemment pas d’un retour à une existence se déroulant selon les lois antérieures, mais de la création d’une réalité radicalement nouvelle : l’être du Christ glorieux que la mort ne peut plus atteindre et qui entraîne dans sa victoire tous les croyants.
     
    La croix, instrument de supplice, a été l’instrument du salut et la porte ouverte sur la gloire. Il est inutile de chercher un peuple déicide, bouc émissaire, tant la responsabilité de la mort de Jésus, acceptée et offerte, est collective et intéresse tout le genre humain.
     
    Dès lors, ce mystère chrétien ne nous est pas révélé simplement pour nous faire connaître quelque chose de Dieu, mais aussi pour éclairer notre condition humaine. Blaise Pascal dans ses pensées (417) l’a exprimé en ces termes : "Non seulement nous ne connaissons Dieu que par Jésus-Christ mais nous ne nous connaissons nous-mêmes que par Jésus-Christ. Hors de Jésus-Christ, nous ne savons ce que c’est, ni que notre vie, ni que notre mort, ni que Dieu, ni que nous-mêmes."
     
    Pasteur Patrick Chong


    Marc 16.15

    Allez par tout le monde et prêchez la Bonne Nouvelle à toute la création

    Transmettre la Parole de Dieu pour lui donner la plus grande diffusion possible n’est pas un problème nouveau. La Bible a été écrite pour être partagée et communiquée. Les hommes, dont parlent les Ecritures, utilisaient déjà les moyens d’information les plus modernes de leur temps. A toutes les époques, les dépositaires de ce message ont perfectionné les moyens mis à leur disposition et ont même inventé des nouvelles techniques pour une plus grande efficacité. La diffusion biblique a toujours utilisé  les découvertes techniques dans le domaine de la communication et chaque découverte dans ce domaine a donné une nouvelle impulsion à cette diffusion !

    Bien avant que le message divin ne soit mis par écrit, Dieu avait déjà parlé aux patriarches. Puis, soudain, Il s’était adressé à tout le peuple rassemblé au pied du Mont Sinaï, en délivrant ce message : "Les commandements que je te donne aujourd’hui seront dans ton cœur, tu les inculqueras à tes enfants, tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage… Ils seront comme des fronteaux entre tes yeux…" Pour garantir la conservation et la diffusion de ce message, celui-ci devait être écrit. Mais les deux principaux systèmes d’écriture de l’époque, l’écriture cunéiforme et l’écriture hiéroglyphique,  étaient si complexes qu’ils  n’étaient accessibles qu’à une infime minorité de lettrés. En effet, connaître plusieurs milliers de signes était nécessaire pour comprendre un tel texte !

    Pour permettre la diffusion du message biblique, il fallait donc à l’époque un système d’écriture révolutionnaire. Ce système porte un nom : l’alphabet. Or,  savez-vous qu’au début du siècle dernier, on découvrit des inscriptions, dans un alphabet très primitif tant dans le Sinaï que dans le pays de Canaan, dont certaines remonteraient au XV° siècle avant Jésus-Christ ? Des études, faites à partir des noms des 22 lettres de cet alphabet cananéen, ont abouti à l’idée que ces noms provenaient d’un procédé mnémotechnique. Ce procédé consistait à former une phrase facile à retenir et dans laquelle chaque mot commençait par une des lettres de l’alphabet (procédé très usité par les rabbins à l’époque talmudique pour l’enseignement des enfants). Or cette phrase n’était autre qu’une profession de foi monothéiste qui, en outre, faisait allusion aux fronteaux du texte deutérocanonique cité plus haut. L’alphabétisation du peuple d’Israël semble  donc ne pas correspondre d’abord à un souci d’ordre culturel (comme dans nos sociétés modernes), mais à un souci spirituel : conserver les Ecritures Saintes et les rendre accessibles au plus grand nombre.

    Aujourd’hui, avec les extraordinaires moyens d’information, de diffusion et de communication, le problème de la transmission de l’Evangile demeure quelque chose d’inhérent à la nature de ce message. Tout ce qui peut contribuer à répandre l’Evangile plus loin, mais surtout plus profondément dans les cœurs, doit être reçu avec reconnaissance : "Allez et prêchez la bonne nouvelle à toute la création".

    Pasteur Patrick Chong


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