Un livre érudit et décapant. D’aucuns diront iconoclaste.
Le directeur du « Monde des religions » part de ce qui est peut-être la clef de voûte de l’Evangile de Matthieu « Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? Simon-Pierre alors répondit : Tu es le Messie, le fils du Dieu vivant ! » (Matthieu 16,15-20). Cette réponse vaudra à Pierre d’être intronisé comme chef de la future Eglise. Mais pour autant, le mot « Messie » ne lève pas le mystère.
S’agit-il d’un homme qui par sa prédication et son sacrifice a porté la spiritualité à son point le plus élevé ? Le mot « fils » en Orient comme en Afrique a une signification très large. Ou bien ce fils de Dieu participe-t-il de la Divinité en unissant deux natures en une ? Mais n’oublions pas que le Christ a dit « Le Père est plus grand que moi ». Nous sommes alors dans l’adoptianisme ou l’arianisme.
Enfin s’agit-il de la seconde personne d’un dieu trine comme en ont décidé les conciles successifs ?
L’histoire de ces premiers siècles de l’Eglise est pleine de bruit et de fureur. Les évêques rebelles au Concile de Chalcédoine (5e siècle) seront exilés et passibles de la peine de mort. On sait que l’empereur Marcien a pesé de tout son poids de « basileus » (tirant son autorité de Dieu) pour maintenir l’unité de l’église. Depuis, l’empereur Constantin, religion et politique ont été indissolublement liées.
Aujourd’hui l’Eglise arménienne et les églises coptes orientales ne reconnaissent que les trois premiers conciles. Les nestoriens s’en tiennent aux deux premiers. Les reformés en connaissent quatre, les orthodoxes sept. Les catholiques 21 dont les derniers sont « l’Immaculée Conception » en 1851, « l’infaillibilité pontificale » en 1870 et « l’Assomption » en 1950. La théologie trinitaire était récusée par les Ariens, les Docètes et les Adoptianistes des trois premiers siècles. Les apôtres n’ont pas cru à l’Incarnation (développée en l’an 70) ni à la théologie trinitaire née au second siècle. Va-t-on en tirer qu’ils n’avaient pas la vraie foi ?
Pour l’auteur deux points d’ancrage. Jésus est le médiateur choisi par Dieu. D’autre part, il est mort et ressuscité. Encore faut-il s’interroger sur ce mot en raison du caractère flou des apparitions après Pâques et viser une religion de la Présence.
F. Lenoir conclut avec ces paroles de Jean : « Dieu, nul ne l’a jamais vu. Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui l’a fait connaître » et dans sa première lettre il écrit « si nous nous aimons les uns, les autres, Dieu demeure en nous » (1 Jean 4.12).
Le christianisme est donc une religion de la personne et de la présence.
Th.J.
* Auteur Frédéric Lenoir, Edition FAYARD 2010